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Onnaing : « Toyota, l'usine du désespoir », où le « Toyotisme » vécu de l'intérieur

vendredi 28.03.2008, 11:38
Onnaing : « Toyota, l'usine du désespoir », où le « Toyotisme » vécu de l'intérieur É. Pecqueur, délégué CGT à TMMF Onnaing.Avant la réédition du livre, il en faisait des photocopies qu'il distribuait aux salariés! PHOTO « LA VOIX »

Toyota il est beau, Toyota il est gentil. Arrivés avec le nouveau siècle comme le sauveur d'un bassin d'emploi exsangue, le constructeur japonais et sa nouvelle usine plantée à Onnaing n'échappent plus aujourd'hui au vent des critiques d'un système de production et de méthodes de management. Le fameux «  Toyotisme ». Sans parler des condamnations pour discrimination syndicale, accumulées en un an près la cour d'appel de Douai...


Or, la réédition, ces jours-ci, d'un best-seller au titre ô combien terrible, Toyota, l'usine du désespoir (1), vient nous rappeler qu'il n'y a rien de nouveau sous les ponts des chaînes de production du n°1 mondial de l'automobile. Rien de nouveau, car la première édition, au Japon, de cet ouvrage écrit par un journaliste, Satoshi Kamata, date de 1973. C'est le récit aussi précis qu'une incision au scalpel de son expérience de cinq mois comme intérimaire dans l'usine de Nagoya. Huit heures par jour, souvent bien plus, à appliquer strictement la doctrine de management en place chez Toyota. Soit les cinq « S », S pour Seiri (débarras), Seiton (rangement), Seiso (nettoyage), Seiketsu (ordre), Shitsuke (rigueur). Soit le kaizen (amélioration continue), la méthode de gestion de la qualité. Soit l'application du principe du just-in-time, ou flux tendu. Etc., etc. De quoi casser un homme en quelques années.
Deux cents cinquante mille exemplaire plus loin à travers le monde, Éric Pecqueur, secrétaire CGT au sein de TMMF, n'hésite pas à le transposer à l'identique avec la situation des team members du site onnaingeois. «  Ce qu'il y a dans le livre, on le vit exactement à Toyota en 2008 à Valenciennes. Le sous-effectif scientifiquement organisé, les cadences qui augmentent, les pressions pour transformer les arrêts maladies en congés, la dépression permanente... Tout ça, c'est le résultat d'une politique où la variable d'ajustement, ce ne sont pas les stocks, mais les hommes . » Avec une conséquence directe, notée comme une évidence par Paul Jobin, sociologue et préfacier de cette nouvelle édition : «  À la relecture de ce journal aujourd'hui, je suis d'abord frappé par l'attention particulière que son auteur prête à la question de la santé et des problèmes de sécurité.


 » Accidents du travail, dont certains mortels, ponctuent en effet avec la régularité d'un métronome les pages du témoignage nippon.
Commentaire du chercheur à donner froid dans le dos : «  Au fil du récit, le lecteur s'identifie avec l'auteur, au point de ressentir cet épuisement physique et mental ».
Maladies du « surtravail », multiplication des TMS (trouble musculo-squelettique), souffrance, maltravail... Voilà un livre qui nous plonge au coeur d'une réalité, toute proche, et qui nous entoure dans le Valenciennois. Celle des cadences dans l'industrie automobile. Tous les délégués CGT d'entreprises comme Sevelnor, MCA, SMAN sont d'accord : «  Partout, il y a une intensification de l'organisation du travail, avec une concentration des postes pour augmenter la productivité. » Il nous replonge aussi dans une actualité brûlante : le suicide, en 2007, de trois ingénieurs du Technocentre de Renault et de cinq ouvriers dans l'usine Peugeot de Mulhouse. •
> (1) « Toyota, l'usine du désespoir », de Satoshi Kamata. Éditions Demopolis, 21 E. www.demopolis.fr

PAR LAURENT BREYE

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