Dunkerquois

L'abattoir menacé de liquidation : « L'emploi sera notre cheval de bataille »

vendredi 23.11.2007, 08:45
L'abattoir menacé de liquidation : « L'emploi sera notre cheval de bataille » Une centaine d'emplois sont menacés par la fermeture.

Sous les pavés, l'étable. Hier, sur le perron de la communauté urbaine, des salariés de l'abattoir communautaire, menacé de liquidation judiciaire, avaient convié une vache et des moutons sur des ballots de paille. Une manifestation bucolique pour défendre des emplois mais aussi l'assiette des Dunkerquois.

À l'abattoir situé rue du Banc-Vert à Petite-Synthe, on craint la mise à mort : celle des tueurs (comme on appelle les ouvriers sur la chaîne d'abattage). Hier, avec des éleveurs et des bouchers, ils gardaient les moutons sur les marches de l'hôtel communautaire : une centaine d'emplois sont concernés par la fermeture de l'équipement. «  Notre cheval de bataille, c'est l'emploi, martèle Arnaud Depuyt, responsable de production. Mais qu'on ne se trompe pas d'ennemi : si nous sommes ici, c'est pour être visible, c'est tout ». Arnaud Depuyt flatte l'encolure d'une vache photogénique, tandis qu'à l'intérieur, les responsables de l'abattoir s'entretiennent avec ceux de la communauté urbaine. La SEAD (société d'exploitation de l'abattoir de Dunkerque) est prestataire de service pour la CUD. L'ennemi serait plutôt le manque d'appétit des clients et l'espèce des mammifères omnivores en voie d'extinction : «  Les habitudes de consommation évoluent, on mange de moins en moins de viande. On n'a jamais recouvré la perte de 30 % due à la vache folle ».


En juillet, après deux ans de difficultés financières, l'abattoir a été placé en redressement judiciaire par maître Vandycke. En 2004, ce dernier a sauvé l'abattoir d'Hazebrouck. Cette fois, le challenge est plus retors : pas moyen de dépasser les 4 500 t de viande, alors que les responsables prévoyaient le double pour 2007 et qu'il faudrait au moins 6 500 t pour que la structure soit rentable. Mais si la fête musulmane de l'Aïd-el-Kebir, en juillet, a donné un coup d'accélérateur (la viande halal représente 70 % du tonnage dunkerquois), elle n'a pas suffi à rentabiliser la nouvelle chaîne d'abattage de moutons réalisée l'an dernier pour 600 000 €. «  Sans l'abattoir, la tradition de l'Aïd risquerait d'être remise en cause dans le Dunkerquois », s'inquiète-t-on à la mosquée de Petite-Synthe.


Mardi, le tribunal de commerce devrait se réunir : «  On se battra jusqu'au bout pour qu'il diffère sa décision et laisse un sursis à ce patrimoine dunkerquois, le temps de trouver un repreneur... ». Arnaud Depuyt veut y croire encore : «  On nous a promis du tonnage et des investissements viennent d'être réalisés ». En effet, des négociations seraient en cours depuis quinze jours avec la Charcuterie des Flandres (3 500 t) qui voudrait même, à terme, emménager dans les locaux de l'abattoir. Et des salariés ont encore été embauchés le mois dernier.


Mais hier soir, à l'issue de la réunion, la communauté urbaine a affirmé que «  des décisions vitales vont être prises dans les jours prochains  ». Arnaud Depuyt, dégoûté, traduit : « Dans tous les cas, c'est sûr, la liquidation sera prononcée mardi par le tribunal de commerce  », Mais avant de rentrer Charlotte à l'étable, le personnel reste mobilisé pour obtenir son reclassement. •

CLAIRE LEFEBVRE

Zoom

Patrimoine dunkerquois.- Si l'abattoir dunkerquois ferme, les bouchers de l'agglomération devront aller s'approvisionner à Hazebrouck, Douai, Valenciennes ou Noeux-les-Mines. Fondé en 1969, l'abattoir communautaire dunkerquois est en redressement judiciaire depuis le 9 juillet. Faute de moyens d'apurement des dettes et de repreneur, une décision de liquidation devrait être rendue mardi 27 novembre par le tribunal de commerce.

50 centimes le kilo.- Entre 700 et 800 porcs sont abattus par semaine, comme une centaine de bovins (mais aussi ovins, caprins et...
autruches). Soit 4 500 tonnes de viande par an. Pour la viande bovine, le tarif est de 50 centimes par kilo net de viande abattue (hors taxe).

Clients en voie de disparition.- La faute aux habitudes de consommation qui changent (on mange de moins en moins de viande et de moins en moins souvent à la maison). Quant à la grande distribution, elle a de plus en plus de ses propres abattoirs.

« Made in piquouse » ?- « Va-t-on manger du "made in piquouse" à Dunkerque ? », s'inquiète un tueur. Dans le jargon, il s'agit de viande issue des Pays-Bas et de la Belgique...

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