SOCIAL
À Arc International, la tension palpable devant des prédictions pessimistes
mercredi 16.12.2009, 05:03
Direction et syndicats se contredisent : pour le géant verrier, l'avenir est plus que jamais brouillé. PHOTO JEAN-PIERRE BRUNET.Comme un pavé dans la mare ! Hier, après la parution dans nos colonnes d'articles évoquant d'éventuels licenciements à Arc international, spécialiste des arts de la table et producteur de verre creux, la tension était palpable. Après une cérémonie de remise de diplômes à des salariés qui se sont formés au sein de l'entreprise, le sujet a été évoqué par une direction plus qu'agacée. Mais des syndicats veulent, malgré les incertitudes, préparer les salariés, peut-être au pire.
« L'attitude de la direction d'Arc International est irresponsable. On sait que fin 2010, on sera toujours en sureffectif, et de là, qu'il y aura des salariés licenciables. Vouloir retenir l'information pour avoir la paix sociale, ce n'est pas normal. On doit informer ! » Joël Deremetz, délégué FO, s'agaçait toujours hier. La direction aussi. Et pas qu'un peu.
Interrogé après une cérémonie de remise de diplômes à des salariés, Guillaume de Fougières, président du directoire, jugeait que le chiffre de 1 500 licenciements avancés par certaines sources était « extravagant et irresponsable. Notre pire ennemi est la visibilité, on espère que le second semestre 2010 sera meilleur. On en saura davantage en juin, et on saura communiquer en temps et en heure ».
Pourtant, dès cet été, l'éventualité de licencier aurait été évoquée lors d'un conseil de surveillance à Paris, le 16 juillet.
Pour Philippe Maes (CGT), parler d'éventuels licenciements, ça gêne. Lundi, à la sortie d'une réunion entre la direction et les syndicats « pour mettre en phase notre communication », le délégué syndical et sa consoeur Élisabeth Jacques (CGC-CFE) assuraient avoir insisté pour que la direction utilise le mot « licenciements » au lieu de « mesures contraintes de départ », dans un communiqué destiné à l'affichage. De licenciements, on parle donc. « L'entreprise veut dégonfler le ballon, mais le coup est parti », lance Philippe Maes. Et des éléments alimentent les calculs des uns et des autres : la fin du plan de sauvegarde de l'emploi fin 2010, le transfert de la production du four K à Châteauroux, et les effets de la crise.
Mais les syndicats restent prudents et ne veulent pas « allumer le pétard ». Pour Frédéric Specque, secrétaire général (CGT) du comité d'entreprise, il faut prendre le temps. « Sur les chiffres, les conséquences, il faut être mesuré : pendant un an, on va négocier, discuter autour de ces licenciements. » Si beaucoup s'étonnent d'avoir lu dans nos colonnes des prédictions si pessimistes, Vincent Fenaert (CFDT) affirme : « Ce n'est pas une surprise pour nous, on savait, via les réunions avec la direction, qu'il n'y aurait plus de préretraite... » En revanche, sur les chiffres... « Avec toutes les restructurations qui sont en cours, on ne peut pas savoir. Notre objectif, maintenant, c'est de limiter au maximum les licenciements secs. Mais la question, c'est de savoir si, au moment voulu, les gens seront prêts à défendre leur boulot. »
Pour le géant verrier, l'avenir est brouillé. « On est une entreprise qui se bat », insistait hier Guillaume de Fougières. Mais Philippe Maes disait lundi soir : « À Arques, tout a été fait à dose homéopathique. On a perdu 6 000 emplois en six ans. Et Ils ont réussi à faire passer cela. »

