Crise financière : les clés pour comprendre

« Il y aura un avant et un après krach 2008 »

Publié le 09/10/2008 à 05h01

Les suites de la crise vues par Marie-Paule Virard, rédactrice en chef du magazine « Enjeux - Les Échos » de 2003 à 2008.

« Il y aura un avant et un après krach 2008 »
Les suites de la crise vues par Marie-Paule Virard, rédactrice en chef du magazine « Enjeux - Les Échos » de 2003 à 2008.

Pourquoi l'Europe souffrira-t-elle plus de la crise que les États-Unis ?

« La crise y durera plus longtemps. Premièrement parce que ses banques vont avoir plus de mal à se refaire une santé : la Banque centrale européenne applique (malgré la baisse opérée hier) des taux bien supérieurs à ceux de la Réserve fédérale américaine. Or des banques dépend le robinet du crédit, qui incite les ménages à consommer et les entreprises à investir. Deuxièmement, l'Europe profite moins des périodes de croissance qu'elle ne "profite" des crises. Enfin, sur le plan du commerce extérieur, elle exporte peu vers l'Asie. » Les scénarios de sortie de crise sont-ils de gauche ou de droite ?

« À gauche, on a fait l'erreur de relancer trop longtemps la demande au détriment de l'offre. Mais Sarkozy a fait la même chose : ce n'est pas pour rien s'il a été élu sur le thème du pouvoir d'achat. Or, c'est une chose d'aider les gens à vivre décemment, mais ça ne sert à rien de donner de l'argent pour créer la demande et d'acheter des écrans plats chinois ! On doit s'attendre à une hausse du chômage et un pouvoir d'achat qui chute encore.

Je ne sais si c'est une politique de droite ou de gauche, mais les Français attendent une politique équitable : après les excès du passé, ils doivent avoir le sentiment que les efforts sont partagés. » À qui profite la crise ?

« On peut parler de "privatisation des gains" et de "nationalisation des pertes". La loi de l'actionnaire a profité à une poignée travaillant dans la finance ou l'immobilier. Mais les grands perdants sont les salariés, qui n'ont plus de pouvoir de négociation et sont sous le coup du travail précaire. Ce "capitalisme ensauvagé" a détruit les solidarités. On parle de moraliser le système en le régulant, or une fois qu'il repartira, les réglementations seront à nouveau contournées ! » Cette crise signe-t-elle une rupture avec le capitalisme anglo-saxon ?

« Elle marque la fin d'un modèle fondé sur la consommation des ménages et le surendettement. Or le centre de gravité de l'économie mondiale a basculé vers l'Asie, qui assure 50 % de la production mondiale et détient la plupart de l'épargne mondiale ! Les modèles économiques capables d'innover sont ceux qui s'en sortiront. Ils valoriseront le chercheur plutôt que le trader. Il y aura un avant et après krach 2008. » Mais vous ne croyez pas en l'avènement d'un capitalisme européen... « L'Europe n'est pas assez unie pour pouvoir peser dans la redistribution des cartes de demain. La crise est souvent mauvaise conseillère : elle incite les citoyens de chaque pays à se recroqueviller sur ses avantages acquis et sur la forteresse nationale... Ce n'est jamais très bon pour la démocratie. » •

RECUEILLI PAR CLAIRE LEFEBVRE

La Voix Éco