GALAXIE MULLIEZ
Saga des 50 ans d'Auchan : les débuts en 1961, ils s'en souviennent
jeudi 11.08.2011, 16:23
1961 : année de lancement du premier supermarché, dans le quartier des Hauts Champs à Roubaix. REPRO «LA VOIX».Ils ont vécu les débuts de l'aventure Auchan, les premières années de cette success story qui donnera naissance à un empire de 262 000 salariés. Employés du premier magasin roubaisien ou simples clients, témoignages de ceux qui ont accompagné la réussite de Gérard Mulliez.
Francis Baussart, Roubaix
" Les 600 premiers mètres carrés devaient s'appeler " Ochan " mais c'est ainsi qu'ils se sont appelés, à se référer à la pancarte qui en orna quelques jours l'endroit, écrit en lettres immenses (pour l'époque) et que le personnel de l'usine d'en face prenait pour du Chinois, plutôt que pour du Japonais d'ailleurs. Et lorsque cette appellation se transforma en Auchan, certains imaginèrent qu'il pouvait s'agir de Auguste-Charles-André, prénoms des éventuels patrons, alors que bien sûr cela faisait référence au quartier des Hauts-Champs, le patron se prénommant Gérard ! Mais alors, ce Gérard-là, personne ne le connaissait, ça a bien changé depuis ".
Nicole
" J'ai assisté à la mort lente des petits commerçants, surtout dans l'alimentation et aussi où aller acheter du fil, des aiguilles, des boutons, un petit conseil, un cahier, des crayons ou un pot de peinture sans prendre la voiture. La vie dans les quartiers s'en est allée mais maintenant on a la Fête des voisins, dont nous ignorons les noms "
Bernadette, Lille
" J'entendais les voisins, dans mon quartier des Trois Baudets, qui revenaient d'avoir fait leurs courses, pour la première fois. C'était la révolution, ils disaient " on prend tout, on mets dans un panier et on ne paye qu'à la fin on se sert soi-même". Je suis entrée comme caissière-gondolière en juin 1966 à Roubaix. Pas de tapis roulant, qui ne sont arrivés que bien plus tard. On tirait, poussait les 5 kg de pdt ou les boites de conserves pour les faire passer devant nous et on tapait les prix. Qu'il fallait apprendre bien souvent par coeur, sauf ceux qui étaient étiquetés. Quand il n'y avait pas trop de monde, on mettait en rayon. On devait aussi prendre les consignes et les payer dans la réserve liquide, il faisait froid, on se couvrait.
L'atmosphère avec les clients et plus souvent, les clientes, était chaleureuse, car elles venaient régulièrement et avaient leur caissière préférée. C'est ainsi que nous avions fait la connaissance, d'une cliente d'origine allemande, qui avait de magnifiques chignons et qui nous a offert de nous coiffer toutes les deux, pour notre mariage. Nous avons ainsi vu de grand changement dans le comportement des acheteurs, la clientèle s'agrandissait. Nous avons formé les caissières pour l'ouverture d'Auchan Roncq et c'est à peu près à cette période que nous avons eu les caisses à tapis roulant qui ont changé notre vie.
En période de fin d'année, c'était le grand stress, il y avait un monde incroyable. On était fière de notre chiffre de la journée. Monsieur Mulliez venait voir, combien on avait fait. Les chefs venaient derrière les caisses pour emballer et aider les clients. Bien sûr, c'était une période très fatigante et parfois les nerfs lâchaient. J'ai quitté Auchan pour me marier le 22 juin 1968. Quelques années après une petite participation au bénéfice, sur les deux années, m'a permis de passer mon permis de conduire. Je n'ai jamais oublié mon expérience de caissière et je ne fais jamais mes courses le dimanche et surtout, je comprends leurs difficultés. "
René, Douchy-les-Mines
" Dans le premier magasin, c'était plus artisanal que dans les petites supérettes de maintenant. J'avais 21 ans et je me souviens bien de l'entrepôt avenue Motte. J'ai été le premier fournisseur de conserves. On mettait nous-mêmes les boites dans les rayons ! Sans bousculade et avec beaucoup plus de respect des fournisseurs de maintenant. "
Marie-Thérèse
" J'avais 20 ans, je me souviens de l'escalier en bois pour monter au premier étage, avenue Motte. Il n'y avait pas d'accueil, on allait faire nos courses le dimanche matin. On nous interrogeait à la sortie pour savoir si nous étions satisfaits. Mes parents étaient réticents par rapport à ce magasin car ma tante était épicière. Quand j'ai eu mon bébé, je suis allée à l'ouverture d'Auchan Roncq. J'ai tout eu pour rien, c'était dément tout ce qu'ils donnaient. "
Charline
" C'était en 1961, j'avais 12 ans, et pour rien au monde mon père n'aurait voulu manquer cet événement dont il me parlait depuis longtemps. Il est vrai que nous n'habitions pas loin de là et que nous étions plus que curieux de découvrir ce qu'on nous annonçait. A savoir tout trouver en un seul lieu sans avoir à se déplacer d'un commerce à un autre. J'étais donc présente à l'inauguration tenant fiévreusement la main de mon père. Ce fut pour nous deux une révélation, une entrée dans la caverne d'Ali Baba. On ne nous avait pas menti. Tout était disponible là sous nos yeux à profusion et à bas prix (eh oui !). Notamment au premier étage où mon père, pourtant pas bien riche, réussit à réunir en un tour de gondole de quoi se rhabiller de la tête aux pieds. Une anecdote qu'il n'arrêtait pas de raconter, comme s'il s'agissait d'un exploit, à ses amis qui, eux, ne connaissaient pas le nouveau magasin Auchan.
Retrouvez tout ceci et bien d'autres choses encore dans notre hors série document La saga Auchan, 50 ans d'histoire, 76 pages, 3,5 euros, disponible dans les points de vente habituels et sur www.laboutiquedeslecteurs.fr.

