PORT
« Le port de Boulogne est aujourd'hui dans le creux de la vague »
vendredi 06.05.2011, 05:07
« La conjoncture économique actuelle nous est très défavorable (...) Mais Boulogne est toujours en course ». PHOTO «LA VOIX».Cinq mois après la création de la nouvelle CCI Côte d'Opale, Jean-Marc Le Garrec, vice-président portuaire, livre son analyse sur la situation du port de Boulogne.
Lors de la fusion des CCI de la Côte d'Opale, son président Jean-Marc Puissesseau avait annoncé la mise en place d'un groupe de travail pour le port de Boulogne. Où en êtes-vous ?
« Nous sommes aujourd'hui dans le creux de la vague ! Côté port de commerce, depuis l'arrêt de LD Lines, a on a du mal à trouver une activité ro-ro qu'elle soit transmanche ou dans l'esprit du hub, c'est-à-dire orientée vers le cabotage européen spécialisé dans le trafic alimentaire, notamment les produits de la mer. Actuellement, ça, c'est en panne ! Ce n'est pas le port qui est en panne, mais la conjoncture économique actuelle.
Et pour le transmanche ?
Compte-tenu de la concurrence menée par Eurotunnel sur les prix, les compagnies hésitent à investir à Boulogne même si elles étudient toujours la possibilité de venir ici. Et cela, c'est amplifié par le prix du carburant. Toute rentabilité du cabotage est fortement mise en cause. On voit LD Lines développer sa ligne entre Montoire et Gijon, cela veut dire que cela répond à un vrai besoin. C'est une orientation importante et le jour où les armateurs reprendront l'initiative, Boulogne sera en première ligne.
Le transmanche est-il toujours aussi vital pour Boulogne ?
Le hub ro-ro comme le trafic transmanche sont nécessaires à l'équilibre financier du port mais sont aussi un complément indispensable à l'activité de la plate-forme pêche. On ne pourra pas éternellement faire venir 300 000 tonnes par camion. Il y a des arguments économiques mais aussi écologiques à prendre en compte. Mais pour répondre à votre question, le groupe de travail se réunira après la réunion du conseil portuaire courant mai.
Comment ça se passe entre Boulonnais et Calaisiens ?
Après cinq mois d'existence de la CCI, les esprits ont beaucoup progressé, on ne peut plus raisonner de la même façon qu'antérieurement. Il n'en reste pas moins qu'on a besoin de trafic, de valeur ajoutée à Boulogne pour l'équilibre de l'agglomération. L'activité commerce est nécessaire au bon équilibre de la pérennité de la plate-forme Capécure. C'est la priorité des services de la CCI Côte d'Opale. Les Boulonnais sont en première ligne, mais cela se fait aussi en coopération avec les Calaisiens.
La « mayonnaise » a donc pris ?
Oui et j'en suis le premier surpris !
Même Jean-Marc Puissesseau ?
La passerelle ro-ro l'inquiétait car il avait peur que cela remette en cause le projet Calais 2015. Ce qui n'est pas le cas puisqu'il a été approuvé par la Région. Par contre, il connaissait très mal le port de Boulogne. On l'a fait venir ici y compris à 5 h du matin. Il a visité les entreprises, la halle, le centre de formation... Il a découvert un monde qu'il ignorait.
Il a toujours le drapeau de Calais dans la poche ?
Oui mais il n'est pas idiot. Maintenant qu'il est président de l'ensemble de la Côte d'Opale, il se rend compte qu'il y a à Boulogne un atout pour l'ensemble de la Côte d'Opale. Reste que la collectivité boulonnaise doit aussi pousser et faire bloc pour montrer qu'il y a là un atout vital pour la Côte d'Opale. Le hub est à terme indispensable pour le maintien de la place de Boulogne dans le domaine halieutique et agroalimentaire.
Le port de commerce est triste à mourir aujourd'hui... La conjoncture nous est vraiment très défavorable. Mais ce qui me rassure, c'est qu'on a toujours des contacts, on a toujours des investisseurs qui regardent le port de Boulogne avec intérêt. Je n'ai pas le sentiment d'être « hors jeu » : plus personne ne parle ou ne vient vous voir. Ce n'est pas le cas. On sent que dès que la reprise se fera, Boulogne sera de nouveau dans la course
>> A suivre demain avec un tour d'horizon sur la pêche à Boulogne.


