INTERVIEW
« Le port de Boulogne doit être le plus ouvert possible à l'international... »
samedi 07.05.2011, 13:03
«C'est au marché de Boulogne de se montrer attractif» déclare Jean-Marc Le Garrec, vice-président portuaire de la CCI. PHOTO ARCHIVES GUY DROLLETSuite de notre entretien avec Jean-Marc Le Garrec, vice-président portuaire de la CCI Côte d'Opale.
Les senneurs hollandais ont signé mardi un code de bonne conduite avec les Etaplois...
... Et j'en suis très heureux. Car on était en train de mettre en péril le port. Toute place qui se ferme se met en danger. Il faut absolument faire revenir les Hollandais pour élargir le marché. Je conçois l'irritation des Etaplois pour la cohabitation sur les lieux de pêche. J'observe que certains d'entre eux ont compris l'intérêt qu'on pouvait en tirer. La senne danoise a deux gros avantages sur le chalut : qualité du poisson et consommation de carburant. Dans le contexte actuel...
La concurrence doit jouer à fond ?
La CCI travaille sur la réforme du fonctionnement du marché de la criée. Il faut que les opérateurs boulonnais, aussi bien les vendeurs que les acheteurs, comprennent qu'ils ont intérêt à avoir le marché le plus ouvert possible. Sinon, le poisson ne passera plus par Boulogne ! Et c'est pas difficile à contourner. C'est un concept qui est difficile à comprendre au jour le jour.
Un armement que vous connaissez bien (Euronor) est aujourd'hui sous le feu de la critique pour débarquer souvent son poisson en dehors de Boulogne. N'est-ce pas paradoxal ?
Aujourd'hui Euronor est adossé à deux gros groupes européens, c'est un sacré plus pour Euronor, il faut que cela le devienne pour Boulogne. Les gens d'Euronor sont d'excellents professionnels, ils iront là où on leur offrira le meilleur prix pour leur marchandise. Si c'est à Boulogne - et il y a des raisons que ce soit ici car Boulogne est la porte d'entrée du marché français, marché visé par les propriétaires d'Euronor. Les quotas sont des quotas français pêchés par des équipages français. Les bateaux resteront donc à Boulogne. Mais pour la vente, c'est au marché de Boulogne de montrer qu'il est attractif. C'est arrivé quelques fois que du poisson qui aurait pu venir à Boulogne a été vendu à l'extérieur, un peu plus sans doute que l'an dernier. Par contre, Euronor a aussi mis à Boulogne du poisson d'UK Fisheries. Ce ne sont pas, je vous l'accorde, des quantités considérables, mais cela montre en tout cas la flexibilité du groupe. C'est la conséquence de la mondialisation.
Euronor n'est plus une entreprise boulonnaise aujourd'hui, c'est inquiétant ?
Il y a 40 ans, les entreprises boulonnaises étaient gérées par des Boulonnais. Aujourd'hui, les centres de décision sont ailleurs. C'est un phénomène global de concentration et d'internationalisation qui nous touche ici mais qui touche aussi toutes les villes, tous les ports.
Boulogne est-il toujours leader ?
On a un très bel outil : le port, la passerelle ro-ro et on a de très beaux outils sur le plan immatériel : le pôle Aquimer, la future plate-forme Nouvelle Vague, l'université, les centres de recherche etc. Ce n'est pas par hasard si Marine Harvest vient à Boulogne, il faut savoir capitaliser là-dessus.
Certains pensent que Boulogne n'est plus très en pointe sur la seconde transformation ?
La seconde transformation, cela peut se faire n'importe où, à Arras ou à Strasbourg. En Bretagne, elle est le long des axes routiers, elle n'est plus dans les ports de pêche. Nous avons ici de beaux spécimen. Ce qui les attire ici, c'est la logistique, la formation des hommes, les capacités de recherche etc. Il faut donc s'organiser en conséquence. Rester un lieu important pour la première transformation « bord à quai » et muscler nos pôles de recherche, l'université etc. Les choses changent, il faut s'adapter... »


