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Forum de l'économie responsable 2009

WORLD FORUM LILLE

[AUDIO] Gérard Mulliez fait son show au profit de l'argent responsable

vendredi 20.11.2009, 08:30
[AUDIO] Gérard Mulliez fait son show au profit de l'argent responsable Deux heures d'expression avec Gérard Mulliez, le fondateur d'Auchan, pour en savoir plus sur une puissante famille. PHOTO STÉPHANE MORTAGNE.

Une salle comble, un nombre impressionnant de présidents et les premiers cercles du groupe Auchan ont assisté, hier à Lille, à la première prise de parole réellement publique du chef d'entreprise le plus important de la région depuis bientôt un demi-siècle. Écoutez également notre interview audio exclusive de Gérard Mulliez.

Pour vous, l'argent n'est pas un but en soi. Est-ce une des clés de votre réussite ?
Que vous inspirent les spéculateurs ?
Que pensez-vous de l'idée d'instaurer une taxe Tobin sur les transactions financières ?

Interview audio réalisée par Jacques Cointat


L'intervention du fondateur de l'empire Auchan et patriarche de l'association familiale Mulliez était annoncée à juste titre comme l'événement du forum mondial de l'économie responsable, qui se tient depuis hier et jusqu'à samedi soir au Nouveau Siècle à Lille.

À 11 heures, c'est fait. Philippe Vasseur, président du World Forum Lille, parvient à faire monter sur une estrade publique celui qui, à 78 ans, ne l'a encore jamais fait. On sait Gérard Mulliez très vif d'esprit, volontiers cabotin, souvent ingérable dans ses déclarations.

Sur la table, face aux deux mille auditeurs, la montre de Philippe Vasseur, chargé de l'interroger, et deux verres d'eau. « À votre santé ! », trinque un orateur cachant visiblement la pression par une décontraction dont il ne se départira pas pendant près de deux heures.

« Ça va durer ! »

Gérard Mulliez était venu pour parler de l'argent, le sien, donc celui de sa famille, de ses entreprises, de la première fortune professionnelle de France d'après le classement du magazine Challenges.

« Il paraît que vous êtes radin », tente Philippe Vasseur. « J'aime le dire, oui. Ou plutôt que je suis économe, ce qui permet à mes collaborateurs de moins dépenser, ils font attention ! Ma femme se plaint que j'éteins toujours les lumières derrière moi... Je ne serais pas plus heureux si je gaspillais... »

La spéculation ? « Gagner de l'argent sans rien apporter aux hommes est une absurdité. Dieu a dit : "Tu gagneras ton pain (ta vie) à la sueur de ton front..." Ne l'oublions pas. » Les écarts de salaires entre patrons et ouvriers ? « Chez nous, les écarts sont sous le rapport d'un à vingt, pas plus, entre l'hôtesse de caisse et le dirigeant. » Le crédit ? « Mes parents m'ont interdit d'emprunter pour construire ma maison. Pas de crédit personnel. » La Bourse ? « La loi de l'offre et de la demande n'est pas une bonne méthode pour valoriser les entreprises. »

Gérard Mulliez s'est levé pour apprendre à applaudir à une salle étonnée et amusée. Comme il a fait scander à quelques rangs un appuyé « Ça va durer ! », en réponse à une question sur la pérennité d'Auchan. Comme il reçut avec fair-play une délégation de l'association « Sauvons les riches » montée sur scène pour lui décerner non sans ironie une auréole et des confettis. Ambiance... Les messages sur les vertus du capitalisme familial sont passés, l'une de ses grandes figures européennes fut telle qu'en elle-même. Imprévisible. •

LE BONUS WEB

Gérard Mulliez face au public au Nouveau Siècle de Lille

« J'aurais bien pris les trois jours pour moi tout seul » s'est exclamé Gérard Mulliez, fondateur du grand distributeur Auchan hier matin au World Forum Lille. « Mesdames, mes demoiselles (s'il en reste), messieurs », l'intervention peut commencer. À la tribune, pour tenter de le maîtriser, Philippe Vasseur, ancien ministre de l'agriculture, ancien député, président de ce forum mondial de l'économie responsable. Morceaux choisis.

Question : Etes-vous fier d'être à la tête de la première fortune professionnelle de France ?
Gérard Mulliez : Si je suis riche, je n'en tire aucune fierté. C'est juste utile pour les banquiers, ils vous prêtent plus facilement. Ma seule fierté est d'appartenir à une famille qui a créé 350 000 emplois.

Question : On dit que vous êtes radin ?
Gérard Mulliez : Je suis plutôt économe, j'aime bien qu'on le dise car ainsi les autres dépensent moins. C'est comme ça, je reçois les ministres au Flunch ! Un sou, c'est un sou et je ne serais pas plus heureux si je gaspillais

Question : que pensez-vous des spéculateurs ?
Gérard Mulliez : Derrière le prix d'un produit, il y a le travail de beaucoup d'hommes. C'est un pêché de gaspiller le travail des hommes. Spéculer, c'est gagner de l'argent sans apporter aux hommes une plus value quelconque. La spéculation sur les matières premières, c'est dégueulasse ! Il y en a qui achètent du blé par Internet et le revendent en gagnant plus d'argent qu'en cultivant ce blé. Du coup, on affame le monde car le blé devient trop cher
Je crois à la valeur du travail. Dieu a dit « tu gagneras ton pain (ta vie) à la sueur de ton front et tu enfanteras dans la douleur ». C'est-à-dire enfanter, c'est grandir, enfanter de l'intelligence, du savoir-faire L'homme fut chassé du paradis où l'on devait gagner de l'argent sans travailler ! On a cueilli cette pomme au jardin d'Eden qui aurait pu en produire d'autres, ou être croquée en période de disette

Question : comment avez-vous gagné votre premier argent ?
Gérard Mulliez : mes parents m'ont accordé un lopin de terre de 5 mètres sur 7 pour cultiver des radis, des salades et des fleurs. J'étais en concurrence avec mes frères pour leur vendre ma production, c'était mon argent de poche. J'ai eu la chance de pouvoir m'occuper du poulailler, de leur vendre les œufs. On avait nos cages à lapins qu'on vendait aussi à nos parents. On ne m'a donc pas donné mon premier argent et j'ai pu démontrer à mes parents que je n'étais pas aussi con que mes études primaires et secondaires ont voulu le dire (rires).

Question : vous n'avez pas non plus gagné tout de suite de l'argent en fondant Auchan en 1961 dans le quartier des Hauts-Champs à Roubaix ?
Gérard Mulliez: J'ai travaillé trois ans sans gagner le moindre sou ! Ma famille m'a aidé seulement en me donnant l'ancienne usine Phildar, mon associé apportant l'argent. Quand il a retiré ses billes, je me suis accroché, j'avais confiance. J'ai ouvert le deuxième magasin six ans après le premier, grâce à l'autofinancement.

Question : un mot sur le crédit ?
Gérard Mulliez: Quand on n'a pas d'argent, on doit faire du beurre avec de l'eau. C'est une devise de l'encadrement d'Auchan, on a l'esprit d'économie. Dépenser moins tous les jours, parvenir à la perfection du système. L'effort n'existe plus pour bien gérer si vous emprunter de l'argent sur les marchés boursiers. Mes parents m'ont interdit d'emprunter pour pouvoir construire ma maison et loger ma famille. Pas de crédit personnel ! Comment voulez-vous bien dormir avec des crédits sur le dos ?

Question : vous êtes contre la Bourse mais vous avez des actionnaires avec le pacte familial du Tous dans tout de 1955
Gérard Mulliez: Oui, le pacte, ça veut dire que quelque soient les résultats des entreprises, nous seront tous actionnaires de toutes les entreprises. Tout le monde est dans tout. Quand on crée une entreprise, ce portefeuille élargi permet de mieux supporter les années de vaches maigres. Ce pacte, c'est de l'angoisse en moins pour créer et développer des entreprises. Et ça marche ! Chaque entreprise est autonome avec un actionnariat de son propre personnel (NDLR : le personnel détient 15 % du capital d'Auchan). Pour aller plus loin, 10 % des bénéfices annuels vont aux porteurs de parts (dont le personnel bénéficie).
Cet actionnariat fut difficile à créer. Mes parents avaient peur des syndicalistes aux tables de négociation. J'ai dû mettre ma démission et celle de mon directeur des ressources humaines dans la balance pour les convaincre. Ils ont accepté, à condition de former chaque membre du personnel à l'économie d'entreprise. L'actionnariat fut ainsi mis en place en 1977 à Auchan. Ce qui permet par exemple à une hôtesse de caisse de dire que son responsable a moins d'actions qu'elle et que son directeur est son employé ! Aujourd'hui, même les syndicats approuvent l'actionnariat. Ils pensent qu'une grève c'est de l'argent en moins pour eux

Question : Le capitalisme familial que vous incarnez peut-il durer ?
Gérard Mulliez: Oui, ça va durer (il le fait scander à une partie de la salle, NDLR). Mon grand père a crée son entreprise il y a cent ans. Cela durera si on se respecte, si les actionnaires participent et s'engagent, si chacun ne dépense pas plus qu'il ne gagne. Nous, on n'est pas riche car on ne peut pas disposer de l'argent (NDLR, les Mulliez réinvestissent beaucoup d'argent dans leurs entreprises). Nous appliquons nos mêmes lois depuis 50 ans et c'est possible. Le fric ne nous appartient pas, c'est comme si il était ailleurs.

Morceaux choisis par Yannick Boucher
(NDLR : l'Association Familiale Mulliez regroupe Auchan, Décathlon, Leroy-Merlin, Saint-Maclou, Boulanger, Kiabi etc. Soit 350 000 salariés, 200 000 actionnaires salariés (7 000 en Chine) et 2 500 millions d'euros de capital détenus par les salariés. La famille proprement dite rassemble aujourd'hui plus de 500 actionnaires).

PAR YANNICK BOUCHER

REPÈRES

• Programme
Aujourd'hui au World Forum Lille, au Nouveau Siècle : l'argent des banques, l'argent socialement responsable, l'argent et l'information, les valeurs humanistes dans le business financier.

L'après-midi : l'argent des salariés actionnaires, l'argent des minoritaires, l'argent des sans argent avec la microfinance (avec Youssou N'Dour à 15 h), l'argent vert, le mauvais usage de l'argent, la juste rémunération, la spéculation.

Programme et inscription sur www.worldforum-lille.org

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