WORLD FORUM LILLE 2011
World Forum Lille : « Le projet final n'est pas soutenable »
mardi 15.11.2011, 05:16
Bruno Villalba, enseignant à l'IEP de Lille. PHOTO «LA VOIX»Bruno Villalba est enseignant chercheur à Sciences Po Lille (IEP). Spécialiste des questions environnementales, notamment sous l'angle éthique, son regard critique met en perspective un regard différent sur les enceintes telles que celle offerte pendant trois jours par le World Forum Lille.
- Peut-on « oser la richesse » aujourd'hui ?
« L'intitulé de cette manifestation est en tout cas paradoxal, comme si la richesse était une donnée accessible à tout le monde et dans les mêmes conditions, avec la même quantité de confort matériel. Autrement dit, en faveur d'une même consommation de masse potentielle pour tout un chacun et du même potentiel théorique de mobilité. Poser cette question c'est avoir un regard différent sur le World Forum : peut-on vraiment accéder à cette richesse ? Comme si le principe même de la richesse créait automatiquement de l'égalité ».
- L'esprit du World Forum vous semblerait-il d'inspiration trop libérale ?
« C'est une évidence mais cela n'est pas un problème en soi, bien sûr. Le souci, c'est que le projet final n'est pas soutenable. La vision libérale (chaque individu, s'il ose, s'il le souhaite vraiment, peut s'enrichir) pose toujours problème sur la capacité de l'environnement à assumer la recherche constante de la croissance et du profit. Nous n'aurons jamais sept milliards d'habitants riches sur la planète ! »
- Mais il n'y a pas que la richesse libérale... « C'est vrai, c'est un objectif noble de vouloir lutter contre les inégalités, quelles qu'elles soient. Mais oser la richesse supposerait souvent l'idée de compétition, avec l'avantage à ceux qui pourraient avoir les moyens d'accéder à cette richesse. Dans cette optique, la RSE apparaît souvent comme un instrument de moralisation de cette logique par le monde de l'entrepreneuriat, logique contredite par exemple par les acteurs de l'économie sociale et solidaire qui ne cherchent pas d'abord à atteindre l'objectif de la croissance économique, préférant celui du bien être social. Comment répartir plus justement la richesse par la sobriété équitable ? Voilà un beau sujet de controverse, un vrai débat d'idées ! »
Y. B.

