Comment font les secteurs controversés ?
mercredi 16.11.2011, 05:14
Elisabeth Laville : «La RSE peut se pratiquer en terrain miné. »Si la RSE devient stratégique pour les entreprises, si elle suggère d'intégrer des repères éthiques en leur sein, reste à savoir comment font celles dont la nature même de l'activité est sujette à controverse. Diable ! Élisabeth Laville dirige l'agence Utopies. Elle animait hier un passionnant atelier sur la pratique de la RSE « en terrain miné ».
- Y a-t-il encore un secteur qui échappe aujourd'hui à la controverse ?
« Il est vrai que les choses étaient plus simples au début du XXe siècle, lorsqu'apparurent les premiers investisseurs éthiques qui refusaient d'investir pour des raisons religieuses dans cinq secteurs, les « sin stocks » : alcool, tabac, armes, jeux et pornographie. À présent, presque tous les secteurs sont sujets à controverse. Des associations militantes américaines n'hésitent pas à faire le lien entre l'industrie du tabac et celle de l'agroalimentaire qui crée elle aussi en l'occurrence sa dépendance, au gras et au sucré.
Aux États-Unis, le coût social de l'obésité est identique à celui du tabac... On pourrait aussi parler de la téléphonie mobile (1 % de recyclage seulement) ou de la grande distribution (surconsommation, gaspillage...), voire du tourisme, certains tour-opérateurs étant controversés et critiqués par Reporter sans frontières qui dresse une liste noire de pays à éviter. Je me souviens de la campagne de Greenpeace sur les cosmétiques à la Saint-Valentin : "Offrez un toxique à l'amour de votre vie"... »
- Comment un industriel du tabac peut-il faire de la RSE alors qu'il tue des gens avec ses cigarettes ?
« La RSE exige de la transparence et de la responsabilité sur ses impacts sur les gens et l'environnement. Dans le pétrole, les armes ou le tabac, c'est la nature même de l'activité qui pose problème. L'entreprise controversée doit accepter le dialogue avec ses clients les plus hostiles, ce qui n'est pas toujours simple. Les indices boursiers sont déconnectés de la morale, mais l'investisseur responsable existe de plus en plus. Avec une stratégie de best in class : on peut changer petit à petit avec plus d'honnêteté, moins de toxiques, d'additifs, etc. Souvent, la lumière est plus utile là où l'ombre règne... ».
Y. B.

