WORLD FORUM LILLE 2011
« Il n'y a pas que le bénéfice net. Il y a l'amélioration de la société »
jeudi 17.11.2011, 05:14
Vinod Kumar dirige Tata communications, filiale télécom du groupe. PHOTO PATRICK DELECROIXVinod Kumar, directeur général de Tata communications, filiale du géant indien Tata, était hier au World Forum Lille pour présenter la démarche du groupe en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE). Inspirant.
- Pouvez-vous nous présenter le groupe Tata ?
« Tata a 150 ans. C'est le plus grand groupe privé indien. Il s'est diversifié dans la métallurgie, l'énergie, l'automobile, l'informatique, les télécoms, les hôtels... Les 95 entreprises qui composent le groupe génèrent un chiffre d'affaires de 84 milliards de dollars, dont 70 % hors de l'Inde. Il est présent dans 150 pays. »
- Que représente la RSE pour Tata ?
« Le groupe faisait de la RSE bien avant que ça ne devienne à la mode, depuis plus de cent ans. C'est une volonté de la famille qui est à l'origine de sa création. Les entreprises du groupe reversent leurs dividendes à une holding qui gère cet argent dans un fonds caritatif. Environ 97 millions de dollars sont investis chaque année dans des actions labellisées RSE. Mais nous en menons bien d'autres, envers nos salariés mais aussi envers les citoyens en général. Nous finançons la construction d'hôpitaux, d'écoles, la gestion des déchets, de l'eau potable, la recherche contre le cancer... »
- Est-ce que cette démarche se retrouve dans le développement de vos activités ?
« J'ai un exemple. L'ancien directeur de Tata croisait dans les campagnes indiennes des mères qui allaient au marché, avec leurs enfants, à vélo, sous la pluie. Ils peuvent tomber malade, manquer l'école... L'idée, c'est de leur donner accès à la voiture. Mais s'il n'y a pas de route ? On peut alors imaginer un partenariat public-privé. Nous avons créé la Nano. C'est une petite voiture sur laquelle nous dégageons de petits bénéfices, beaucoup moins qu'en construisant des voitures de luxe. Mais sur le long terme, la démarche est intéressante. C'est l'illustration qu'il n'y a pas que le bénéfice net qui compte. Il y a aussi l'amélioration de la société. »
- Quelle est l'implication des salariés dans cette démarche ?
« Nous ne croyons pas au lavage de cerveau. Ceux qui rejoignent l'entreprise connaissent les valeurs de Tata : la confiance, l'intégrité, la compréhension, la loyauté, la contribution à la société... Mais nous ne distribuons pas de guide sur les valeurs du groupe par exemple. Le groupe applique bien sûr ses propres valeurs envers ses collaborateurs, avec un souci particulier pour le respect de l'individu, notamment dans un pays comme l'Inde où ce n'est pas toujours le cas. »
- Pensez-vous que ce soit le rôle des entreprises de s'investir dans des fonctions dévolues aux États ?
« Nous sommes convaincus que c'est de la responsabilité de l'État et de l'entreprise de contribuer à l'amélioration de la société. C'est une démarche qui s'inscrit dans la durée. Tata existe depuis cent ans et compte bien exister longtemps encore. Il faut avoir une vision à long terme et ne pas rester rivé sur le prochain bilan trimestriel. Cette logique permet à l'entreprise de gagner en retour dans la mesure où lorsque vous contribuez à la société, vous êtes plus proche des clients. C'est un cercle vertueux, une symbiose qui est extrêmement importante. »

