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Les marchés financiers en crise

PUBLICATION

Jean Gadrey : « La poursuite de la croissance n'assure plus le bien-être »

vendredi 26.11.2010, 05:09
Jean Gadrey : « La poursuite de la croissance n'assure plus le bien-être » «La fin de la croissance quantitative me paraît nécessaire pour éviter les catastrophes écologiques et sociales.» PHOTO «LA VOIX».

L'économiste lillois de la post-croissance signe un petit ouvrage remarqué en France sur la recherche d'un mode de développement alternatif au modèle dominant, qui créerait davantage d'emplois sans épuiser les ressources naturelles et en certifiant l'équité sociale.

Il pense qu'un monde meilleur est possible et il prétend en faire la démonstration dans son dernier ouvrage. Jean Gadrey est professeur émérite à l'université de Lille I, membre du conseil scientifique d'ATTAC, publie dans Alternatives économiques (1) ou Politis et participa activement à la commission Stiglitz sur la mesure de la croissance, rapport remis au chef de l'État en 2008.

- Peut-on résumer votre pensée en affirmant que la croissance n'est pas la solution, mais un problème ?
« De plus en plus d'économistes en font la démonstration. Dans les débats, on nous pose la question : "A-t-on encore vraiment besoin de croissance ?" Dans les pays riches, la poursuite de la croissance n'améliore plus le bien-être. La production quantitative de richesses matérielles aggrave de surcroît la crise écologique en épuisant les ressources naturelles.

On pense aujourd'hui que la croissance fait l'emploi, assure les retraites et la protection sociale mais c'est de moins en moins vrai. Même pour la crise écologique, on parle de croissance... mais verte ! Je pense au contraire que la croissance est devenue un facteur de crise, une menace pour la planète et un obstacle au progrès. Attention, je ne suis pas pour la décroissance, mais pour une autre croissance, éco-compatible et plus solidaire. »

- Une autre croissance est-elle vraiment possible ?
« Bien sûr. C'est parce que nous ne savons pas l'imaginer collectivement que nous renonçons à la concevoir. Par exemple, une agriculture moins intensive, moins productiviste permettrait de créer entre 30 et 40 % d'emplois supplémentaires.

La Confédération européenne des syndicats explique qu'une réduction de 30 % des gaz à effets de serre en 2020 dans le seul secteur des transports correspondrait à 4,5 millions d'emplois en moins dans la construction automobile mais à 8 millions d'emplois en plus dans le secteur des transports en commun. En réalité, une baisse de productivité peut résorber le chômage par la création d'emplois de la durabilité. »

- Si vous l'estimez économiquement souhaitable, un retour en arrière est-il techniquement possible ?
« C'est bien sûr une question politique. Le principal apport d'une post-croissance est d'améliorer la qualité de la vie. Tous les registres de la relation sociale sont ramenés à des échanges marchands. C'est ce que dit Tim Jakson dans son dernier ouvrage, La Prospérité sans croissanceet c'est ce que disait Ivan Illich il y a trente-cinq ans dans La Convivialité.

Privilégier le mieux-être à l'avoir plus n'est pas incompatible avec la récession économique.

Prenons un seul exemple. Les profits distribués aux actionnaires des grandes entreprises cotées ont pris une telle ampleur que cela pèse sur l'investissement des entreprises. En 2009, année sociale noire, d'après l'INSEE, plus de 90 milliards ont été distribués aux actionnaires en France, c'est trois fois plus qu'il y a quinze ans et c'est 4,5 points de produit intérieur brut alors qu'on cherche désespérément deux points de PIB pour les retraites. En clair, la croissance des profits des actionnaires devient un facteur de récession et l'ensemble du système produit un accroissement des inégalités sociales. » •

Retrouvez Jean Gadrey sur son blog d'Alternatives économiques : www.alternatives-econmiques.fr/blogs/gadrey.

PAR YANNICK BOUCHER

ZOOM

• Congrès

L'Association française d'économie politique (AFEP) tiendra son premier congrès national à Lille les 9 et 10 décembre, à l'IEP de Lille (84, rue de Trévise).

L'AFEP regroupe après un an d'existence plus de 300 docteurs en économie et le congrès devrait en accueillir 250 autour de cette question : « Crise de l'économie, crise de la science économique ? » L'AFEP se positionne contre la pensée économique ultra-libérale.

 > Programme sur www.clerse.univ-lille1.fr. Ou sur www.assoeconomiepolitique.org.

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