LE TEMPS FORT
Plutôt taxer le Sofitel qu'Astérix
mercredi 07.09.2011, 05:12C'est bien connu, dans chaque niche fiscale, il y a un chien qui aboie, et qui peut même mordre si on lui retire son os. La préparation du collectif budgétaire présenté à l'Assemblée, en session extraordinaire, n'a pas fait exception à la règle. Que le gouvernement veuille très logiquement s'attaquer à l'abattement sur les plus-values immobilières sur les ventes de résidences secondaires ou qu'il cherche maladroitement à racler les fonds de tiroirs-caisses des parcs d'attractions, le résultat est le même. On assiste à une levée de boucliers chez les députés UMP, de plus en plus inquiets pour leur réélection.
Il a suffi que Jean-Pierre Raffarin montre les crocs pour défendre son Futuroscope pour que Nicolas Sarkozy demande à François Fillon de frapper à d'autres guichets. Taxer les suites des Sofitel, cela ne chagrinera pas les habitués des Formule 1, beaucoup plus nombreux. Et c'est évidemment beaucoup plus payant politiquement que de s'attaquer au porte-monnaie des familles qui viennent oublier un moment leurs soucis de fin de mois chez l'oncle Picsou !
Oui mais... Ces hôtels haut de gamme sont aussi des pourvoyeurs d'emplois et des étoiles accrochées à la réputation des villes qui vivent principalement du tourisme, comme l'ont rappelé des députés UMP - dont le maire du Touquet Daniel Fasquelle (lire par ailleurs). À l'aune des sommes attendues de ces mesures (90 millions pour la hausse de la TVA des parcs à thème, finalement abandonnée 20 millions pour les hôtels de luxe), on se dit que l'UMP aurait pu faire l'économie de deux polémiques, dont l'une a d'ailleurs constitué la principale attraction du campus de Marseille avec Jean-Pierre Raffarin en Astérix vainqueur de Sarkozy « Imperator ».
Le plan Fillon vise beaucoup plus juste en s'attaquant enfin à ces niches elles aussi haut de gamme où les grands groupes peuvent mettre leurs bénéfices à l'abri du fisc. Il a fallu un rapport du député UMP Gilles Carrez, en juillet, pour qu'apparaisse au grand jour le scandale de la faible imposition des bénéfices des grands groupes par rapport aux PME ! La ministre du Budget Valérie Pécresse a notamment proposé de supprimer le système du « bénéfice mondial consolidé » et de réviser le système de report de déficit d'un exercice à l'autre autant de facilités offertes aux grandes sociétés pour diminuer in fine leur contribution au budget du pays.
Avec un milliard de recettes supplémentaires attendues cette année et 11 milliards l'an prochain, le plan de rigueur présenté le 24 août ne dispensera pas l'État de l'obligation de baisser les dépenses publiques. Une « nécessité absolue » a prévenu le rapporteur Gilles Carrez, conscient que derrière chaque poste de dépense, il y a aussi, comme derrière chaque niche fiscale, beaucoup de collègues prêts à aboyer !

