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Les marchés financiers en crise

CRISE

L'austérité, la seule voie pour s'en sortir ?

jeudi 10.11.2011, 05:22
L'austérité, la seule voie pour s'en sortir ? Manifestation d’Indignés, à Paris. PHOTO AFP.

Le nouveau plan de rigueur de 7 milliards d'euros annoncé lundi, par François Fillon, divise. L'enjeu : éviter « la faillite de l'État » lourdement endetté. Et conserver la « bonne note » de la France. Mais l'austérité est-elle la seule alternative ? Le plan est-il suffisant ? Le point de vue de trois enseignants-chercheurs de l'École d'économie de Paris, Gaël Giraud, Jean Imbs et Philippe Askenazy.

1. L'austérité est-elle nécessaire ?

Gaël Giraud. « Ni nécessaire, ni suffisante. Aucun des plans d'austérité actuellement imposés aux pays fragiles (Grèce, Irlande, Espagne, Portugal, Italie, bientôt la France) ne permettra de stabiliser leur dette publique. Car la rigueur provoque la récession, qui fait augmenter mécaniquement (par les taux d'intérêt) la dette. Cette dette publique va donc continuer à augmenter jusqu'au jour où les pays n'auront d'autre choix que de faire défaut sur une partie de leur dette. Vouloir "rassurer les marchés" en imposant la rigueur ne fera qu'empirer le niveau de la dette. »

Jean Imbs. « Je n'ai pas le moindre doute sur la nécessité d'un plan d'austérité : c'est montrer, dans l'urgence, une volonté politique de faire baisser la dette et d'avoir un déficit moins marqué. C'est convaincre les marchés et rassurer sur notre capacité à pouvoir rembourser demain. L'objectif est d'éviter d'en arriver à la situation italienne où les investisseurs susceptibles de racheter la dette s'inquiètent de la capacité du gouvernement à réagir. »

Philippe Askenazy. « Oui et non. D'un point de vue strictement économique, la réponse est non. Aux États-Unis, la politique d'Obama n'est pas une politique d'austérité : alors que les déficits publics sont massifs, en pleine crise, Obama décide une politique de santé au coût non négligeable. L'administration américaine choisit de se passer de l'austérité pour essayer de continuer à soutenir la croissance et ne pas retomber en récession.

La différence avec l'Europe, c'est qu'aux États-Unis, la banque centrale américaine peut racheter autant qu'elle veut la dette américaine. En Europe, les traités ne permettent pas à la banque centrale (BCE) d'en faire autant avec la dette des pays européens qui sont donc à la merci des marchés financiers. L'Europe se retrouve à mener des politiques d'austérité pour satisfaire les marchés financiers. »

2. La rigueur risque-t-elle de compromettre notre croissance ?

Gaël Giraud. « Oui, mécaniquement. Dès lors que les taux d'intérêt sont supérieurs au taux de croissance du PIB, la dette augmente. Pour contrer ce phénomène, il faudrait pouvoir emprunter à des taux plus faibles, ce qui n'est pas possible tant que nous condamnons nos États à emprunter aux marchés financiers. Ou bien, il faudrait avoir de l'inflation. Ce qui ne peut pas se décréter sauf à autoriser la Banque centrale européenne à créer de la monnaie pour racheter une partie des dettes publiques des États fragiles. »

Jean Imbs. « Oui, quand on augmente les impôts, ça tend à ne pas stimuler l'économie. Mais le plan d'austérité est une mesure d'urgence qui doit avoir un effet à court terme. L'austérité est la condition nécessaire à de nouvelles dépenses publiques dans l'éducation, la santé... Car ce sont bien les dépenses publiques qui stimulent la croissance mais sur le long terme. »

Philippe Askenazy. « Malheureusement, l'austérité imposée à la Grèce, à l'Espagne ne font qu'enfoncer ces pays. Potentiellement, se dessine pour l'Europe une perspective à la Japonaise qui, au début des années 90, n'a pas connu la moindre croissance économique. En France, l'absence de croissance conduirait à un appauvrissement de la population qui, elle, augmente. Or, si on appauvrit les classes moyennes et les classes populaires, la consommation, l'un des principaux moteurs de notre économie, sera en panne. »

3. D'autres mesures étaient-elles possibles ?

Gaël Giraud. « Bien sûr : supprimer les cadeaux fiscaux accordés depuis dix ans pour revenir à la fiscalité française de 2000 ferait gagner à l'État entre 60 et 100 milliards d'euros pas an. Mettre en place la taxe Tobin sur les transactions financières rapporterait à l'Europe entre 200 et 600 milliards par an, dont 40 à 80 milliards pour la France. Obliger les paradis fiscaux européens – la Suisse au premier chef – à restituer les capitaux qui y sont placés illégalement rapporterait plus de mille milliards à l'Europe. De quoi largement régler le problème des dettes publiques de tout le monde ! »

Jean Imbs. « Oui, je pense à une grande réforme fiscale. L'impôt sur le revenu est très injuste, il faut le revoir avec des tranches claires, homogènes, le simplifier. Mais comme c'est très compliqué à mettre en oeuvre et qu'il s'agit aujourd'hui d'agir vite, d'être efficace, sans avoir de projet de loi à voter... »

Philippe Askenazy. « La réflexion avance en Europe sur une relance par une politique d'investissement, notamment dans tout ce qui tourne autour de la transition climatique, environnementale... Qui dit politique d'investissement, dit création d'emplois. Cette relance par l'investissement tarde à venir parce qu'elle bute sur la transition politique, il y a beaucoup d'échéances électorales à venir en Europe, mais la réflexion avance. On parle aussi de taxer les transactions financières, manne fiscale qui pourrait être utilisée pour un plan de relance. On ne taxerait pas le consommateur mais la finance qui se nourrit très largement des États avec les charges des intérêts. La politique de relance pourrait aussi s'appuyer sur l'épargne des citoyens européens très importante. Des masses financières sont disponibles, on peut imaginer une politique de relance que mettrait en oeuvre une nouvelle génération de dirigeants politiques européens. »

DELPHINE D'HAENENS, ANNE-SOPHIE HACHE
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