ZONE EURO
« Les agences de notation s'immiscent dans le débat démocratique et politique »
mercredi 07.12.2011, 05:16
«États et régulateurs n'ont que ce qu'ils méritent.»Standard &Poor's fait les gros yeux et ce sont tous les élèves de la zone euro qui sont en émoi. Mais à quel jeu jouent donc les agences de notation ? Éléments de réponses avec David Bourghelle, enseignant chercheur à l'IAE de Lille.
- À quoi jouent les agences de notation ?
« Standard &Poor's a mis sous surveillance négative la totalité des pays de la zone euro. Cela pourrait apparaître pour de la provocation au moment où le couple franco-allemand tente d'avancer vers la voie de l'intégration. L'agence de notation considère néanmoins que c'est l'ensemble de la zone euro qui est menacée si on ne répond pas favorablement à ses injonctions. Les agences ne se contentent plus de procéder à l'évaluation des risques, mais elles s'immiscent dans le débat démocratique et politique. Et gare aux élus qui ne se plient pas à leurs exigences ! Jusqu'à maintenant, on pouvait se rallier à l'idée un peu naïve selon laquelle les agences se contentaient de refléter l'opinion dominante des marchés, d'ailleurs souvent mal avisée. Je commence à penser que tout cela n'est pas complètement neutre. Les agences, et mêmes certains dirigeants politiques, en viennent à instrumentaliser les marchés dans le but d'imposer aux peuples européens les politiques d'austérité. Quelles que soient les vertus supposées que l'on prête à ces politiques, cela est inacceptable. »
- Les agences de notation, essentiellement anglo-saxonnes, ont-elles un intérêt particulier à mettre sous pression l'Europe ?
« Je ne crois pas à l'idée d'un "complot" anglo-saxon ou autre. Mais que les agences ou mêmes certains dirigeants européens soient tentés d'utiliser la force de frappe et le pouvoir d'intimidation des marchés pour mettre à l'agenda des réformes de fonds économiques qui, normalement, devraient être débattues démocratiquement, oui, c'est possible. Il est temps que les citoyens européens se réapproprient ce débat. »
- Mais les États ont-ils encore la main sur les marchés financiers ?
« États et régulateurs n'ont que ce qu'ils méritent : qui a promu les marchés financiers puissants et déréglementés en pensant qu'ils seraient capables de produire des évaluations objectives des risques ? Qui a accepté d'accorder aux agences de notation un statut officiel d'agences agréées et quasi privilégiées d'évaluation externe des risques de défaut ?
Les agences de notation sont en fait un faux problème : la seule façon de sortir de l'impasse est de définanciariser l'économie des États. L'exemple de la Belgique est intéressant. Ce pays a peut-être montré l'exemple en lançant un emprunt national auprès de sa population. Ça ne sera certes pas suffisant mais ça montre qu'un changement d'attitude est possible. Il faut sortir de l'emprise des marchés financiers pour garantir les investissements des États ».

