LE TEMPS FORT
Europe : le Royaume désuni
samedi 10.12.2011, 05:17Cette terrible crise de confiance qui menace l'Union européenne aura au moins eu un mérite. Pour la première fois dans l'histoire européenne, le veto britannique a été contourné, laissant la Grande-Bretagne à sa solitude insulaire, Royaume désuni d'un continent auquel il ne s'est jamais vraiment arrimé.
Une nuit de décembre 1992 à Maastricht, l'ancien premier ministre John Major, pâle successeur de la Dame de fer, avait pu sortir triomphant de la salle où il venait de négocier toute la nuit avec le duo leader de l'époque, François Mitterrand et Helmut Kohl. L'accord historique trouvé par les onze autres États membres pour créer l'Union européenne et aller vers une monnaie unique n'engagerait en rien son pays. La Grande-Bretagne restait la Grande-Bretagne, acceptant dans le traité ce qui l'intéressait le plus - le marché unique, la libre circulation des capitaux mais pas celle des citoyens - et se tenant soigneusement à l'écart de l'Europe monétaire et d'une politique économique et budgétaire harmonisée.
Désormais, l'Europe à la carte qui de Maastricht à Schengen, plaisait tant aux Britanniques n'est plus de saison. Le conservateur David Cameron avait promis aux eurosceptiques de son parti de défendre « comme un bouledogue » les intérêts nationaux. Il a tenu parole mais contrairement aux autres affrontements qui ont jalonné l'histoire de la Communauté depuis l'adhésion de la Grande-Bretagne en 1973, le « bouledogue » est tombé sur un os ! Il n'a pas trouvé d'allié autour de la table du conseil pour barrer la route au couple franco-allemand. Si l'accord ne peut se faire à vingt-sept, il se fera à vingt-six ont conclu tous les autres.
David Cameron va devoir justifier cette mise à l'écart du reste de l'Union auprès de ses alliés libéraux démocrates europhiles qui lui ont permis de former une majorité pour gouverner. Et il va lui falloir résister à la pression montante des plus eurosceptiques des Britanniques qui voient dans ce tournant une première étape vers une sortie pure et simple de l'Union !
David Cameron a justifié son veto par la préservation des intérêts de la City. Pas question pour lui d'accepter un traité qui ne comporterait pas de « garde-fous » protégeant les financiers londoniens d'une régulation européenne.
Après Margaret Thatcher dans les années quatre-vingt, David Cameron donne raison à son tour au général de Gaulle qui s'opposait à l'entrée de nos chers voisins insulaires au motif que « la nature, la structure, la conjoncture, qui sont propres à l'Angleterre diffèrent de celles des États continentaux ». Ces propos qui datent de 1963 n'ont pas pris une ride !

