ZONE EURO
La fin de l'euro, une option coûteuse pour tous à court terme
dimanche 11.12.2011, 14:52
Les économistes étudient de plus en plus sérieusement différents scénarios prévoyant une disparition de la zone euro. PHOTO ARCHIVES AFP.Les économistes étudient de plus en plus sérieusement différents scénarios prévoyant une disparition de la zone euro dans sa forme actuelle, voire sa désagrégation pure et simple. Dans tous les cas de figure, le prix à payer sera élevé.
Les analystes sont unanimes. Si la zone euro devait perdre certains de ses membres, voire éclater, aucun pays n'en sortirait indemne, du moins à court terme. Difficile pour l'heure de prévoir des conséquences à long terme.
Selon une analyse de Capital Economics, même l'hypothèse de la sortie de seuls Grèce, Portugal et Irlande de la monnaie unique, au cours des deux prochaines années, entraînerait une baisse du PIB de la zone euro de 1% en 2012 et 2,5% en 2013, soit une proportion équivalente à celle de la récession observée en 2008 - 2009.
Quitter la zone euro n'est pas sans conséquences
Dans une note récente, la banque UBS estimait que si un pays « faible » comme la Grèce quittait l'euro, il lui en coûterait entre 9 500 et 11 500 euros par habitant la première année. 2 000 à 4 000 les années suivantes. Si un pays « fort » comme l'Allemagne devait quitter la zone euro, les conséquences ne seraient pas neutres non plus : le coût par habitant serait de 6 000 à 8 000 euros la première année, soit 20 à 25% du PIB du pays, puis 3.500 à 4.500 euros les années suivantes.
Le retour aux monnaies nationales se traduirait par des dévaluations pour certaines, une appréciation pour d'autres. Selon Jens Nordvig, de Nomura Securities, si l'Allemagne retrouvait le mark, celui-ci s'apprécierait face au dollar, tandis qu'à l'inverse, la Grèce verrait la valeur de sa monnaie plonger de 60%, l'Italie, la Belgique ou l'Espagne de 35%.
La plupart des analystes affirment que les pays les plus fragiles devraient restructurer leur dette à un coût beaucoup plus élevé. Leur système bancaire respectif risquerait de s'écrouler en raison du peu de confiance accordée à la nouvelle monnaie.
Face au risque de dévalorisation de leur épargne, les citoyens seraient tentés de retirer leurs économies, les entreprises auraient du mal à trouver des capitaux, et au final, l'économie risquerait de ne plus fonctionner, entraînant le risque de désordres sociaux.
« Pas certain que le franc serait dévalué par rapport à l'euro »
Mais si c'est un pays comme l'Allemagne qui quittait l'euro, l'appréciation de sa monnaie lui ferait perdre des parts de marché à l'exportation. C'est aussi ce qui se passerait dans le cas où l'Allemagne conserverait l'euro, accompagnée d'un groupe de pays, tandis que la France ou l'Italie quitteraient la monnaie unique.
Dans cette dernière hypothèse, « il n'est pas certain que le franc serait dévalué par rapport à l'euro », avance Jacques Cailloux, analyste à la Royal Bank of Scotland, soulignant que l'Allemagne se trouverait fragilisée par le fait que « son système bancaire a une exposition de 200 milliards d'euros aux banques françaises ». La disparition de la zone euro ou sa survie sous une forme amoindrie nuirait aux économies extérieures, ce qui explique les appels pressants des dirigeants américains à ce que les Européens trouvent une solution à la crise de la dette. « L'exposition des banques américaines au système bancaire de la zone euro est de 2.000 milliards d'euros », souligne M. Cailloux.
A terme, le tableau n'est pas forcément aussi noir. « Les perspectives à long terme pour les ex-économies de la zone euro seront peut-être améliorées par la capacité des anciens Etats membres à mettre en oeuvre leurs propres politiques et à permettre à leurs monnaies de fluctuer », écrivent les analystes de Capital Economics. La dévaluation leur permettrait notamment de gagner en compétitivité sans baisser les salaires.
La disparition éventuelle de la zone euro ou sa réduction à un nombre limité de pays « n'est pas facile à estimer, mais il n'est pas clair que le coût soit immense, ce n'est pas forcément apocalyptique », avance de son côté Jacques Cailloux.
Une chose est sûre selon lui, « tout le monde va devoir travailler sur la question, cela va être le sujet de 2012 ».

