BUDGET
L'euro, « bouc émissaire » de la hausse des prix, fête discrètement ses dix ans
lundi 02.01.2012, 05:12Qu'il semble loin le temps des files d'attente euphoriques devant les automates bancaires qui avaient accompagné le 1er janvier 2002 le lancement des premiers euros !
La monnaie commune a vécu son dixième anniversaire dans une discrétion révélatrice de la crise profonde qu'elle traverse.
Les célébrations officielles de ce qui a été à l'époque le plus grand basculement fiduciaire jamais réalisé - 14,9 milliards de billets et 52 milliards de pièces introduits du jour au lendemain dans douze pays fondateurs - restent discrètes.
Tout au plus les cercles numismatiques attendent-ils une pièce de deux euros commémorative qui doit être émise en commun à partir d'aujourd'hui.
Partie de Grèce il y a deux ans quand Athènes a admis avoir trafiqué ses comptes pour adopter l'euro, la crise de la dette a gagné le Portugal, l'Irlande, et menace aujourd'hui tous les pays de la zone, malgré les plans de sauvetage et les sommets européens. Pour la première fois, la question de la survie de la monnaie commune est posée.
Pourtant près des deux tiers des Français (64 %) se prononcent contre l'idée d'un abandon de l'euro et un retour au franc, tandis que 36 % le souhaiteraient, selon un sondage IFOP. Pourtant, la moitié des sondés (50 %) pensent avec le recul que l'euro a été « plutôt une mauvaise chose », contre 35 % qui considèrent que c'est « plutôt une bonne chose » et 15 % « ni une bonne ni une mauvaise chose ». Une large majorité, 81 %, estiment que le passage à la devise européenne s'est traduit par une forte hausse des prix.
Une enquête de l'UFC-Que Choisir voit en l'euro, un « bouc émissaire facile » de la hausse des prix en 10 ans. Que Choisir a comparé le temps le travail nécessaire pour payer des articles ou services en 2002 et 2012, pour un salarié au SMIC. Le SMIC horaire, fixé à 6,83 euros bruts début 2002, s'élevait à 9,19 euros au 1 er décembre 2011.
Dans le même temps, le prix de la baguette de pain a grimpé de 28 %, deux fois plus vite que l'inflation, à 86 centimes. Mais « pour se payer cette même baguette aujourd'hui, un smicard a besoin de travailler 20 secondes de moins qu'il y a dix ans », souligne le magazine.
Le magazine relève que les prix de la plupart des produits de consommation courante ont ainsi grimpé nettement plus vite que l'inflation, d'où le sentiment que depuis l'euro, tout augmente. Cette idée est renforcée par une valse des étiquettes sur fond d'envolée des prix des matières premières.
L'immobilier s'envole
Toutefois, le temps de travail nécessaire à l'acquisition de ces produits « a plutôt diminué, même si c'est parfois assez symbolique ». Les produits manufacturés, comme les voitures, ou les téléviseurs, sont eux devenus moins chers, et en même temps plus performants. Là où il fallait près d'un SMIC annuel pour s'offrir une Clio en 2002, aujourd'hui sept mois suffisent.
Mais « ces gains de pouvoir d'achat ont été amputés par des dépenses contraintes de plus en plus lourdes », dont les hausses ne sont pas dues à l'euro, souligne Que Choisir.
Le magazine cite le carburant, dont les cours dépendent de la demande mondiale et des crises géopolitiques, le gaz, corrélé au pétrole et à la libéralisation du marché de l'énergie, et surtout la hausse vertigineuse du logement.

