LE TEMPS FORT
La rupture, acte II
lundi 09.01.2012, 05:12Nicolas SARKOZY le sait mieux que quiconque, une élection présidentielle se gagne sur une rupture. Il en avait fait l'axe majeur de sa campagne en 2007. Mais il se retrouve aujourd'hui dans une posture presque inédite. Depuis Valéry Giscard d'Estaing en 1981, aucun président sortant n'a eu à assumer le bilan du gouvernement en place.
Face à un peuple souvent peu satisfait de ce qu'il a ou désireux de vivre mieux, un candidat, tout sortant qu'il soit, doit proposer une amélioration, donc un changement. Nicolas Sarkozy commence à mettre en oeuvre sa propre rupture.
Ministre de l'Économie, en 2004, il affichait son scepticisme à l'égard de la TVA sociale, craignant que toute hausse du taux ne se répercute sur les prix, malgré la baisse parallèle des charges. Puis le sujet a été soigneusement évité durant son quinquennat, jusqu'au soir de ses derniers voeux, le 31 décembre. Finalement, le gouvernement promet de la mettre en oeuvre avant la présidentielle.
La taxe sur les transactions financières relève aussi d'une profonde rupture. La taxe Tobin était qualifiée d'« absurdité » par Nicolas Sarkozy en 1999. D'absurde et infaisable, elle est devenue nécessaire. Les ministres l'annoncent pour cette année.
Sur le fond, la rupture date de 2009, lorsque l'Élysée a appelé à une « moralisation » de la finance. Sur la forme, Nicolas Sarkozy a récemment changé de méthode.
Jusqu'à fin 2011, le chef de l'État travaillait à rassembler ses partenaires européens autour de cette idée. Angela Merkel s'y était résolue. Mais il faut rompre avec ce laborieux cheminement communautaire. Paris fera cavalier seul. Son beau panache blanc servira de signe de ralliement davantage aux électeurs français qu'aux autres capitales de la zone euro. La chancelière reçoit aujourd'hui le président français à Berlin pour éviter la cassure dans le couple franco-allemand.
Par ces initiatives, Nicolas Sarkozy montre qu'il est dans l'action, qu'il sait s'adapter aux circonstances et propose des solutions. Le bilan, même s'il compte, ne sera pas décisif dans la campagne. Alors l'Élysée joue la nouveauté. Au risque de se poser en rupture avec son propre gouvernement, comme sur le dossier Seafrance. Thierry Mariani et Nathalie Kosciusko-Morizet, aux Transports, ont dû réaliser un spectaculaire demi-tour et soutenir un projet de SCOP qu'ils avaient d'abord brocardé. C'est ainsi. Quand le président entre en campagne, les ministres se retrouvent souvent au point de rupture.

