Le AAA, un enjeu au coeur de la présidentielle
vendredi 13.01.2012, 18:06
Le AAA, un enjeu au coeur de la présidentielle. PHOTO PIBA cent jours pile de la présidentielle, la dégradation imminente de la note financière de la France sonne comme un revers pour Nicolas Sarkozy, qui avait fait de « son » triple A un argument de campagne que la gauche lui renvoie aujourd'hui comme un symbole de son échec. En quelques semaines, les trois lettres AAA sont devenues l'ABC du discours électoral.
Longtemps, la droite en a fait un trésor à défendre à tout prix, la justification des efforts de rigueur imposés aux Français et une pièce du procès en irresponsabilité instruit contre la gauche. « Nous avons un objectif et une obligation: conserver le triple A », assurait à l'automne le chef de l'Etat.
Cette note « est un acquis extrêmement précieux, qu'il ne faut en aucun cas fragiliser », renchérissait son Premier ministre François Fillon, « une condition nécessaire pour protéger notre modèle social », pour le ministre de l'Economie François Baroin. Mais, lancées en décembre à la veille d'un sommet européen crucial à Bruxelles, les menaces de l'agence américaine Standard and Poor's de dégrader d'un cran l'ensemble des pays de la zone euro, y compris l'Allemagne, et de deux crans la France, avaient inversé la donne.
Après s'y être accrochés contre vents et marées, le président et sa majorité se sont résignés à la perte de ce statut de premier de la classe et efforcés d'y préparer l'opinion. D'abord considérée comme catastrophique, la perte du AAA, synonyme d'emprunt au meilleur coût sur les marchés, a très vite été ravalée au rang de contrariété. Nicolas Sarkozy a lui-même donné le ton. « Ce serait une difficulté de plus, mais pas insurmontable », avait-il jugé le 12 décembre, rappelant que ce « problème » n'était « pas spécifique à la France ». « Ce ne serait pas une bonne nouvelle bien sûr, mais ce ne serait pas non plus un cataclysme », avait renchéri deux jours plus tard son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé.
Le gouvernement mis à l'épreuve
Même si l'Insee a pronostiqué un épisode de récession sur le dernier trimestre 2011 et les trois premiers mois de cette année, ainsi qu'un chômage au-dessus de la barre symbolique des 10% de la population active mi-2012, la ministre du Budget se démène, elle aussi, pour dédramatiser. « La France est une valeur sûre », répète Valérie Pécresse, « les fondamentaux économiques de la France sont bons ». Elle l'a redit vendredi. L'efficacité de ce virage à 180 degrés du discours gouvernemental est maintenant mise à l'épreuve. Selon un sondage Ifop le 18 décembre, 66% des Français considèraient que la perte du triple A aurait des « conséquences graves ». Ereinté par la droite pour impéritie budgétaire, le PS ne s'est pas privé de retourner l'argument du triple A contre la droite. « Ce serait un échec très grave pour le président de la République », a analysé le candidat socialiste pour 2012, François Hollande.
C'est « un triple échec » pour le président, a lancé vendredi le député PS Jean-Marie Le Guen: économique, des gestion de la crise et social. Selon un membre important du gouvernement, « la perte du triple A n'est pas rédhibitoire pour la réélection du président de la République, sinon ça voudrait dire que les agences de notation font l'élection ». Donné gagnant de la course à la présidentielle, M. Hollande s'était, avant l'annonce, gardé de se réjouir de la dégradation du pays. « Ca aurait des conséquences tout à fait pénibles, coûteuses, pour l'Etat, et les Français », avait relevé l'ancien patron du PS: « le prochain président de la République aurait là un héritage lourd à prendre » avec « des marges de manoeuvre plus étroites encore ».

