POLÉMIQUE
Le monde de la finance, « principal adversaire » ou bouc émissaire ?
mercredi 25.01.2012, 05:16
Après la charge de François Hollande contre le système financier, léconomiste Dhafer Saidane (en médaillon) appelle à la nuance. PHOTOS ARCHIVES PHILIPPE PAUCHET ET AFPEn désignant le monde de la finance comme son « principal adversaire », et en appelant à un nouvel encadrement des marchés, le candidat socialiste à la présidence de la République François Hollande ne pouvait que faire mouche. Pour Dhafer Saidane, économiste à l'université Lille - Nord de France, spécialiste des questions financières, il convient toutefois de nuancer le propos.
- Face à ces accusations, les banques s'estiment injustement stigmatisées. Est-ce justifié ?
« Il conviendrait que les acteurs politiques aient sur la banque et la finance des propos plus nuancés. Les banques ne sont pas des entreprises comme les autres. Leur fonction, c'est-à-dire l'intermédiation financière, est basée sur un paradoxe. C'est pourquoi les banques représentent à la fois le bien et le mal. Le bien en tant que structures incontournables indispensables au financement des projets créateurs d'emplois. Elles représentent aussi le mal en tant que structures transférant les risques vers l'économie réelle et mettant ainsi en péril la stabilité de l'ensemble de l'édifice économique. On parle alors de "banques systémiques". Les pouvoirs publics doivent être prudents. Ils devraient donc porter plus d'attention au côté systémique des banques et ne pas étouffer leur rôle en tant que vecteur de croissance. Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l'eau du bain. »
- Une taxe sur les transactions financières à la Tobin est-elle viable ?
« Une taxe à la Tobin sur les transactions financières dans un monde financier globalisé peut relever d'une certaine gageure. En effet, il est bien connu dans la littérature financière que toute taxe et toute règle dans le monde financier seraient instantanément suivies d'une innovation financière qui viendrait en annihiler les effets. C'est en effet sous-estimer l'ingéniosité et la capacité d'imagination et d'invention des ingénieurs financiers des grands centres financiers que de se lancer dans cette guerre perdue d'avance. C'est aussi garantir le développement explosif du « shadow banking system » c'est-à-dire d'un système bancaire parallèle qui ne gère pas les risques, mais qui au contraire se nourrit et croît grâce aux transferts du risque sur d'autres acteurs économiques. »
- La séparation des métiers bancaires, entre banques de détail et d'investissement, est-elle une solution pour les rendre plus vertueuses ?
« Le thème de la séparation des métiers bancaires en France est récurrent. Mais a-t-il vraiment du sens dans un pays dont les autorités monétaires ont passé presque un quart de siècle à asseoir un modèle bancaire à la française qui est le modèle de la « banque universelle orienté banque de détail » ? Ce modèle résultant notamment d'importantes réformes entreprises à partir de 1985 se veut être diversifié, et a été malgré tout résilient face au choc de la crise de 2007. C'est un modèle qui demeure proche de l'économie réelle, même si certaines de ses activités dites de marché et fortement spéculatives ont été déviées ces dernières années de leurs vocations initiales par attrait pour une rentabilité élevée et à court terme. »

