ZONE EURO
237 milliards pour sauver la Grèce mais les inquiétudes persistent
mercredi 22.02.2012, 05:16
S'il reste «beaucoup à faire», le Premier ministre grec a toutefois qualifié la journée «d'historique».Hier, la zone euro a décidé au forceps d'un nouveau plan de sauvetage record atteignant potentiellement 237 milliards d'euros pour la Grèce dans l'espoir de lui éviter la sortie de l'Union monétaire, sans pour autant apaiser les inquiétudes sur l'avenir du pays.
L'accord est intervenu au petit matin après plus de treize heures de tractations entre les ministres des Finances de l'Union monétaire, lors d'une de ces réunions de crise à Bruxelles dont la zone euro a désormais l'habitude. Il doit permettre « de garantir l'avenir du pays dans la zone euro », a déclaré leur chef de file, Jean-Claude Juncker.
Le plan d'aide comprend d'une part un volet d'aide publique (des prêts, pour l'essentiel) à hauteur de 130 milliards d'euros jusqu'à fin 2014, après un premier programme de soutien en faveur du pays décidé en mai 2010 qui avait atteint déjà 110 milliards d'euros. Et qui s'est révélé insuffisant. Le Fonds monétaire international devrait y participer, mais en apportant moins que dans les plans d'aide précédents. Il prendra une décision en mars.
Effort accru
L'autre volet porte sur un effacement de la dette de la Grèce détenue par ses créanciers privés, banques et fonds d'investissement. Ils doivent accepter une perte de 53,5 % au final sur la valeur faciale de leurs créances grecques, soit un effort accru par rapport à l'objectif initial qui était de 50 %. L'opération d'échange de dette aura lieu le 12 mars, selon une source au ministère des Finances grec.
Cela doit permettre de réduire la dette du pays d'un montant de 107 milliards d'euros, un record dans l'histoire économique mondiale.
Au total, l'effort représente plus de 21 500 euros par habitant grec, sur la base d'une population de 11 millions.
Grâce à ce plan de soutien, la Grèce devrait être en mesure de faire face à une échéance de remboursement de 14,5 milliards d'euros qui tombe le 20 mars et d'éviter ainsi le défaut de paiement. À condition toutefois que les banques répondent en nombre suffisant à l'appel.
Athènes a en échange adopté un nouveau plan d'austérité, notamment 3,3 milliards d'euros d'économies cette année, au prix de violentes manifestations dans la rue et de nouvelles turbulences politiques. Et le gouvernement va devoir faire voter d'ici à la fin du mois de premières mesures, en gage de bonne volonté, pour voir l'argent frais lui parvenir.
Au final, le plan de sauvetage permettra de réduire l'endettement grec à hauteur de 120,5 % d'ici à 2020. Pour y parvenir, les banques ne seront pas les seules à faire un effort accru. Les pouvoirs publics aussi doivent apporter leur écot en réduisant les taux d'intérêt de prêts déjà contractés à la Grèce et, pour les banques centrales de la zone euro, en redistribuant des profits.
Les marchés financiers ont réagi avec prudence hier. L'euro a un peu progressé face au dollar. Mais les Bourses européennes ont dans l'ensemble terminé dans le rouge. De nombreux économistes doutent que le nouveau plan de sauvetage soit le dernier chapitre de la crise grecque et de celle de la dette.
Beaucoup parient à terme sur une banqueroute du pays, estimant que la zone euro cherche surtout à gagner du temps pour pouvoir renforcer d'ici là ses défenses.

