Pôle halieutique

Pôle de compétitivité produits aquatiques : les Boulonnais se disent « sereins »

Publié le 15/11/2007 à 09h15

Le classement publié jeudi dernier par notre confrère « Les Échos » sur le classement des pôles de compétitivité a été diversement commenté à Boulogne. Jean-Baptiste Delpierre, son président, et Thierry Missonnier, son directeur, réfutent le classement et se disent « sereins ».

Pôle de compétitivité produits aquatiques : les Boulonnais se disent « sereins »
Le classement publié jeudi dernier par notre confrère « Les Échos » sur le classement des pôles de compétitivité a été diversement commenté à Boulogne. Jean-Baptiste Delpierre, son président, et Thierry Missonnier, son directeur, réfutent le classement et se disent « sereins ».

Boulogne en queue de peloton des pôles de compétitivité : le classement publié par Les Échos à partir des données gouvernementales avait de quoi inquiéter. Avec 966 130 E de résultats, le pôle boulonnais était loin des poids lourds de l'innovation (France-Telecom, Airbus etc.). Mais ce chiffre est loin de refléter la réalité, selon Jean-Baptiste Delpierre et Thierry Missonnier, qui lui préfèrent celui de 3,8 millions d'E pour 14 projets démarrés depuis la création du pôle. Un chiffre présenté la semaine dernière en conseil d'administration.

« Les montants évoqués dans ce classement ne comprennent que les fonds interministériels pour l'ensemble du pôle » explique Thierry Missonnier. Or, le pôle boulonnais émarge chez d'autres financeurs : IFOP, FCE, OFIMER, Région Nord/Pas-de-Calais, CAB, etc.

Ce classement, pour eux, n'a donc pas grande signification. Tous deux rappellent qu'à l'origine, les pôles de compétitivité avaient été prévus pour aider les gros industriels à innover. Or, depuis le rapport d'Hélène Tanguy (1), tout le monde sait que la pêche des ports français pèse moins que le chiffre d'affaires de la seule tomate ! En labellisant Boulogne comme pôle de compétitivité pour les produits aquatiques, le gouvernement a certes donné un coup de pouce aux PME et TPE (très petites entreprises) de la filière, mais l'innovation est une démarche difficile à adopter pour ces dernières.

Sushi et lieu noir

Des exemples ? Le steak de lieu noir. Espèce principale de la criée boulonnaise, le lieu noir n'est pas suffisamment valorisé, déplore Euronor. Les essais effectués autour du produit, les études de marché et de consommateur ont abouti à des préconisations. Aujourd'hui, le pôle recherche l'industriel qui voudra bien se lancer dans sa fabrication, peut-être dans quelques semaines à Haliocap.

Autre exemple, le sushi. Un produit-phare aujourd'hui sur les tables des restaurants parisiens. Là aussi, le pôle attend l'industriel. Avec le risque de voir ces idées finalement être reprises par des entreprises... ailleurs qu'à Boulogne.

Sans pôle de compétitivité, Boulogne aujourd'hui ne pourrait pas bénéficier des retombées des programmes de recherche-développement. Mais avec le pôle, les retombées ne coulent pas de source. Car il faut à chaque fois convaincre, trouver les partenaires privés pour prendre le risque.

Bon pour la filière

« Certaines entreprises ont bien compris les enjeux et sont particulièrement dynamiques » déclare J.-B. Delpierre. C'est le cas, par exemple, de Copalis (ex-CTTP) qui s'est lancée dans l'innovation et la recherche afin de mieux valoriser les coproduits. Philippe Costenoble, son directeur, expliquait dernièrement que l'on trouvait des extraits de poisson dans le chocolat ou dans le pain et que le consommateur bénéficiait des bienfaits du poisson sans même s'en rendre compte. Cette démarche innovante profite bien sûr à Copalis mais aussi à toute la filière boulonnaise, puisqu'aujourd'hui, les coproduits issus du filetage et du mareyage se vendent mieux. Tout le monde est donc gagnant.

Mais la partie est loin d'être gagnée. « Entre 5 à 10 pôles de compétitivité sont en situation de demi-échec » déclarait Luc Rousseau, directeur général des entreprises aux Échos la semaine dernière. « Le pôle boulonnais ne se sent pas concerné » affirment pourtant les deux Boulonnais. Dans un marché mondialisé, la filière halieutique ne représente plus qu'environ 15 % de la consommation française. Mais ce sont toujours les PME et TPE qui aujourd'hui créent de l'emploi et non les poids lourds de l'industrie. •

> (1) Les pêches maritimes françaises par Hélène Tanguy. La documentation française. 11 E.

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