Opération séduction de la région dans la plus grande ferme de France
jeudi 26.02.2009, 04:46
Ambiance Seventies à la brasserie Castelain et bière à gogo.Parce que la région ne se limite pas à un film, un accent, à une fricadelle frites, chaque année, la journée dédiée au Nord - Pas-de-Calais marque le Salon international de l'agriculture à Paris. Alors, si des « Salut Biloute » ponctuent encore le passage de la délégation officielle, ce n'est finalement que du folklore...
On l'avait déjà croisé l'année dernière. Denis Darque, venu de Roquetoire avec son taureau de race blanc-bleue. Son cinquième salon et la même énergie pour faire partager son envie de préserver le patrimoine régional. « Il reste seulement seize éleveurs en France, je suis le seul dans le Pas-de-Calais le troupeau, c'est encore 750 bêtes. » Blaise, son taureau, affiche ses 1 020 kg sur la balance. Une belle bête de seulement trois ans qui défile fièrement devant les élus et représentants des filières régionales rassemblés, mardi, à Paris pour la journée de la région. « Être là, c'est important. Pour faire prendre conscience aux hommes politiques qu'il faut défendre notre patrimoine. » Dans un tout autre style, un autre patrimoine est à défendre : le fromage de Bergues. Et Dieu sait ce qui bloque encore l'obtention de l'appellation d'origine contrôlée, la fameuse AOC. Le sujet est revenu aussi, mardi, aux oreilles des élus.
Animaux encore avec une autre fierté régionale : le mouton boulonnais. Sur le ring, Bernard Machen venu de Doudeauville (évidemment dans le Boulonnais) est à la manoeuvre. Son troupeau à lui, c'est six cents brebis, une quinzaine d'années de présence à Paris et un premier prix adulte comme meilleure récompense. « Moi aussi, je veux faire reconnaître la race. Ici, à Paris, c'est une vitrine pour l'élevage. On fait également des affaires avec nos reproducteurs. » On compterait encore 2 600 moutons boulonnais.
Au milieu de la foule de ce mardi, les élus n'ont pas boudé leur plaisir. Auprès des fidèles présidents de chambres d'agriculture, Jean-Bernard Bayard pour le 62 et le régional, Bernard Pruvot pour le 59, le président du conseil général 59, Bernard Derosier, le représentant du président du conseil régional, Pierre Georget et tout le monde agricole au sens large : des filières au syndicalisme.
La balade est aussi propice pour distiller quelques messages sur l'avenir de l'agriculture et les risques d'une redistribution des aides sans distinguo des spécificités de chacune des exploitations. À ce sujet, Jean-Bernard Bayard se dit inquiet. Inquiet que les politiques ne mesurent pas le poids économique de l'agriculture et de l'agroalimentaire. C'est pourtant le premier secteur d'activité après le BTP. « Le risque est de tomber dans un système ultra-libéral, alors que l'on sait que sans garanties, sans outils de régulation, on court à la catastrophe. Si les prix sont directement indexés sur le marché, lorsqu'il y aura des flambées, le consommateur ne comprendra pas ce qui se passe. » Répéter et répéter encore pour un jour peut-être convaincre que l'agriculture n'est plus cette image d'Épinal qu'on lui colle à la peau. Les exploitants ont évolué avec leur temps, avec leur environnement.
Et entendent encore peser de tout leur poids économique, ne serait-ce que dans la région.

