RÉFORME
Les 35 heures enterrées vivantes hier soir !
jeudi 24.07.2008, 05:31Les dés parlementaires ont été jetés hier soir sur le tapis réformiste du temps de travail. Les 35 heures sont maintenues pour la forme de la durée légale mais au fond, les entreprises vont pouvoir, dès septembre, renégocier les accords en détricotant ce qu'il reste du prêt-à-porter des lois Aubry pour le surmesure de l'infinie variété des situations particulières.
Que deviennent les RTT, les week-ends de trois jours ou les jours fériés en famille ? La gauche et les syndicats dénoncent le recul en arrière (« un siècle » pour la CGC). La droite tranche dans le vif (« Les socialistes ont injecté 15 milliards dans les 35 heures pour empêcher les Français de travailler », Nadine Morano, porte-parole de l'UMP). Les 35 heures ? Juste cinq lois pour définir, aménager et assouplir la durée du temps de travail, soit un dispositif illisible pour le plus grand nombre... Avec aussi les débats sur les retombées économiques réelles de dix ans d'application de la loi Aubry du 19 mai 1998, dont l'auteur, maire de Lille, sait rappeler la pertinence des enjeux et des dispositifs (lire ci-dessous), on semble ce matin passer d'une idéologie à l'autre. Sans nuance. Les 35 heures ne sont pourtant pas le symbole d'une France paresseuse qui préfère « buller » en RTT plutôt que travailler, si possible en se levant tôt. Bien acceptées par une majorité de Français, surtout par les cadres, elles montrent pourtant aujourd'hui que l'opinion est mûre pour davantage de souplesse au bénéfice d'un pouvoir d'achat ressenti à la baisse.
Au-delà des chiffres (lire ci-contre), le nouveau texte entrera en vigueur fin août pour un premier changement de taille : négocier un accord sur le temps de travail pourra désormais se faire directement au sein des entreprises. Les heures supplémentaires ne seront plus limitées et les salariés pourront travailler jusqu'à 48 heures par semaine. Au-delà des 35 heures, ils seront rémunérés 25 % de plus. Quant aux cadres, affirmés grands perdants de la réforme, ils verront la limite de leur forfait passer de 218 à 235, voire 282 jours de travail par an pour ceux qui travaillent plus de 35 heures hebdomadaires.
Les employeurs reviendront-ils sur les 35 heures en renégociant ? La tendance serait au statu quo. Les entreprises qui vont bien ou pas trop mal prendront-elles le risque de froisser des salariés attachés à leurs RTT, notamment ces jeunes si recherchés sur des métiers en tension ? Celles qui sont en difficulté seront par contre davantage tentées d'exiger de travailler plus, sans forcément gagner plus.

