Agriculture et Pêche

PËCHE

Criée du port de Boulogne-sur-Mer : 2007, année noire comme 2005 ?

dimanche 21.10.2007, 15:55
Criée du port de Boulogne-sur-Mer : 2007, année noire comme 2005 ? Au point techniquement, la nouvelle criée informatique n'est pas encore en service.

L'année n'est pas encore terminée mais les statistiques de la criée du port de pêche font état d'une nouvelle diminution de la ressource en 2007. En un an, la criée a de nouveau perdu 15 % en volume par rapport à 2006.

Le port de Boulogne va-t-il revivre le scénario de l'année 2005, qui avait vu la criée plonger sous la barre des quarante mille tonnes (35 504 t exactement) ? La question est aujourd'hui posée. Sur les neuf premiers mois de l'année, la tendance est fortement baissière (- 17 %) par rapport à une année 2006 qui avait été bonne de ce point de vue. Ce nouveau recul en volume est tempéré par une hausse malgré tout du chiffre d'affaires de la criée : + 3 % depuis janvier en valeur. Le prix moyen du poisson au kg a en effet augmenté de 25 % dans le même temps, ce qui limite l'impact du recul (+ 37 % pour les espèces pêchées par la pêche artisanale et côtière).
Les artisans et la pêche côtière ont en effet nettement moins débarqué de poisson cette année que leurs collègues de la pêche hauturière. Les premiers ont toutefois compensé ce recul par une hausse du prix moyen du poisson (+ 37 %), tandis que la pêche industrielle a toujours du mal à valoriser le lieu noir (+ 1 %). Ces indicateurs reflètent la morosité ambiante qui règne aujourd'hui sur les quais de Boulogne. La crise est générale : le premier port de pêche français pèse un peu moins, à lui tout seul, que Lorient et Le Guilvinec réunis. En volume. Mais son chiffre d'affaires, faute de produits à forte valeur ajoutée, reste faible.
Navires à quai Principal motif d'inquiétude : la hausse du prix du fioul pour les bateaux. Les mécanismes mis en place par l'État l'an dernier ont cessé le 31 décembre dernier. Du coup, le carburant pèse de plus en plus lourd dans les charges des armements. Si la pêche côtière parvient à tirer son épingle du jeu grâce à des espèces qui se vendent bien en criée, comme la sole, les équilibres sont plus difficiles à atteindre du côté de la pêche artisanale, qui est celle qui souffre le plus actuellement. Et il faut toujours 1 litre de fioul pour pêcher 1 kg de poisson... Les quotas, le coût du carburant ont mis à mal certaines entreprises. Pour la première fois, des sorties de flotte à la CME n'ont pas été compensées par des arrivées nouvelles. Quatre navires sont restés à quai ou ont été vendus en Irlande (À la garde de Dieu et le Notre-Dame de Rocamadour) en 2006 et 2007. « Et ce n'est sans doute pas fini », précise Jean-Pierre Grandidier, directeur de la CME. « Entre 2004 et 2006, le chiffre d'affaires moyen de nos bateaux a baissé de 12 % quand le poste carburant a augmenté lui de 50 %. Cela devient très, très difficile », déclare le directeur de la CME, qui va prendre sa retraite à la fin du mois.
Chez Euronor, les difficultés sont similaires, mais le lieu noir reste toujours aussi abondant. Les tonnages débarqués, en hausse en 2007, masquent donc une détérioration sensible des coûts d'exploitation. « On peut faire des économies de carburant, on peut encore travailler nos techniques de pêche - les congélateurs vont également pêcher à boeufs, ce qui permet d'économiser 25 % de carburant - mais le prix moyen du lieu noir à Boulogne est notoirement insuffisant », tempête dans son bureau Patrice Leduc. « Notre prix moyen en produit frais s'est élevé à 1,79 E le kg en 2006. Il est de 1,81 E en 2007. » Deux petits centimes de hausse qui ne couvrent pas les charges de plus en plus lourdes.
Les indicateurs de fin d'année sont donc en train de passer à l'orange foncé chez beaucoup de professionnels de Capécure. Le réchauffement climatique, le Grenelle de l'environnement, les négociations serrées avec Bruxelles en fin d'année sont autant de nuages noirs qui s'annoncent. Une embellie possible : le retour du hareng en décembre, si les conditions météo sont bonnes. Mais les artisans en ont trop pêché en début d'année. Faute de nouveaux quotas, les pêcheurs risquent de voir passer sous leur nez le poisson-roi qui a fait hier la fortune du port de Boulogne et qu'ils ne peuvent plus pêcher aujourd'hui... •

PAR BERTRAND SPIERS

LA CRIÉE EN CHIFFRES

• Principales espèces enregistrées à la criée (depuis le 1er janvier)
Lieu noir : 6 670 tonnes Merlan : 6 038 tonnes Maquereau : 2 158 tonnes Rouget-barbet : 1 940 tonnes Seiche : 1 770 tonnes Encornet : 1 439 tonnes Hareng : 1 435 tonnes.

• Chiffre d'affaires par espèces
Sole : 11 500 000 E Encornet et merlan : 9 400 000 E Rouget-Barbet : 8 600 000 E Lieu noir : 6 700 000 E.

• Tonnages par pêches à fin septembre
Pêche au large : 8 500 tonnes (- 1 %) Pêche artisanale : 17 826 tonnes (- 25 %) Etrangers : 1 772 tonnes (+ 12 %) Total : 28 098 tonnes (- 17 %).
• Les criées françaises en août 2007 Boulogne-sur-Mer : 24 887 tonnes (56 833 000 E) Lorient : 15 379 tonnes (46 386 000 E) Guilvinec : 11 892 tonnes (46 716 000 E) Concarneau : 6 916 tonnes (21 180 000 E).

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