COLÈRE
Après les menaces, la grève du lait est aujourd'hui « imminente »
jeudi 27.08.2009, 04:42« La grève risque d'être longue, elle pourrait durer plus de quinze jours. » Mardi soir, à Samer, les responsables de l'Association des producteurs de lait indépendants (APLI) ont prévenu que la grève du lait était imminente : probablement une question de jours. Trois cents agriculteurs ont applaudi des deux mains.
Depuis plusieurs mois, des panneaux « Ici, bientôt, grève du lait » fleurissent dans les campagnes. Mardi soir, le « bientôt » s'est transformé en « imminent ». « La grève du lait va avoir lieu, la date est décidée, a prévenu Isabelle Dubois, déléguée départementale de l'APLI. Nous devons tenir la date secrète, car c'est une des conditions de réussite de la grève. Ce qui est clair, c'est que c'est imminent. » Isabelle Dubois s'adressait à trois cents producteurs de lait du Boulonnais, du Montreuillois, de l'Audomarois, mais aussi du Nord (lire ci-dessous ). Tous sont prêts à démarrer la grève le jour J : « Ce n'est plus tenable, précise Rodolphe, agriculteur à Bourthes.
Surtout que les prix vont encore diminuer ! » Aujourd'hui, le lait est acheté à 280 E les 1 000 litres. Nettement insuffisant selon les producteurs, qui réclament, dans un premier temps, un « prix d'urgence » à 400 E. Pour y arriver, la grève est selon eux incontournable. « Si je pouvais ne pas la faire, je ne la ferais pas, témoigne François Dumont, agriculteur à Isques. Je n'ai jamais jeté de lait, je ne sais pas comment je réagirai... » « Mieux vaut peut-être jeter du lait aujourd'hui à 280 E et être payé 400 bientôt ? », s'interroge un agriculteur dans la salle, résumant l'avis général.
Modèle canadien
Au-delà d'une augmentation du prix de vente et l'instauration d'un « prix européen », les producteurs de lait plaident pour un changement du système. « Sinon, deux mois après, on sera de nouveau à 280 E ! » En fait, aujourd'hui, le secteur laitier européen s'enfonce dans la surproduction. « Ce sont les 5-10 % que l'Europe nous oblige à produire pour le monde qui nous plombent », a précisé Isabelle Dumont. À l'avenir, les producteurs souhaitent un système inspiré du modèle canadien, où le prix du lait couvre les coûts de production et les coûts de main-d'oeuvre. « Il faudra réguler les volumes par rapport aux demandes des laiteries », a prévenu François Dumont.
« Beaucoup de personnes disent que nous sommes utopistes, rêveurs, que c'est impossible, a lancé Isabelle Dubois. Mais c'est une révolution qu'on fait ! Des grèves européennes du lait, vous n'en connaîtrez qu'une seule, c'est celle-là ! C'est une occasion unique, il ne faut pas la manquer. Si on échoue, ce sera de notre faute. »

