RECENSEMENT
Plus de deux mille hectares de surfaces cultivées perdus par an
mercredi 28.09.2011, 05:13
En dix ans, la part des grandes cultures dans l'agriculture régionale a progressé par rapport à celle de l'élevage. PHOTO ARCHIVES BRUNO FAVAC'est en quelque sorte une photographie de nos campagnes. En 2010, dans la région, 70 enquêteurs de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DRAAF) ont sillonné le territoire dans le cadre du recensement agricole. Et la tendance lourde se poursuit : les exploitations sont moins nombreuses et plus concentrées qu'il y a dix ans.
Ça n'est pas franchement une surprise, mais le recensement agricole 2010 a le mérite de chiffrer l'hémorragie. Alors qu'en 2000, l'agriculture régionale employait 38 300 personnes, dix ans plus tard, elles ne sont plus que 27 300 à exercer cette profession. Une grosse partie de cette baisse serait due au retrait du travail familial (cinq points en moins) : en clair, aujourd'hui, les conjoints d'agriculteurs travaillent de plus en plus à l'extérieur.
Parallèlement, le nombre d'exploitations a également chuté de 25 % pour atteindre aujourd'hui 13 500 fermes en Nord - Pas-de-Calais. Pour Jean-Bernard Bayard, le président de la chambre d'agriculture régionale, les raisons de cette baisse sont multiples. « La pyramide des âges avec des gens d'une soixantaine d'années partis à la retraite » est une première explication. Les crises agricoles de ces dernières années ont également été des « facteurs accélérateurs ».
Pression foncière
Autre explication : la difficulté d'attirer les jeunes. « Dans le monde de l'élevage en particulier, il y a des interrogations sur la question de la relève surtout dans les régions périurbaines », glisse Jean-Bernard Bayard qui met en avant aussi « la manière dont l'agriculture est décriée ».
Le recensement met en évidence un autre phénomène qui menace les paysans de la région : la pression foncière, particulièrement forte dans le Nord.
Créations d'infrastructures routières, mise en place de zones commerciales ou industrielles, étalement de l'habitat... Pour le président de la chambre d'agriculture, « le Nord - Pas-de-Calais est la deuxième région après Paris pour le changement de destination des sols », soit « entre 3 500 et 4 000 hectares de terres agricoles en moins chaque année ». La DRAAF fait, de son côté, état d'une perte d'un peu plus de 20 000 hectares en dix ans.
Autre tendance de fond mise en avant par le recensement : l'accroissement de la taille des fermes. En cela, la région se rapproche de la moyenne nationale puisqu'aujourd'hui les grandes exploitations (avec un potentiel de production qui dépasse 100 000 euros) sont devenues majoritaires (contre 42 % en 2000). Et les 25 % des plus grandes structures représentent à elles seules plus de 60 % de la production agricole régionale. « La concentration économique se poursuit comme au niveau national, décrypte Isabelle Doresse, responsable du service statistiques de la DRAAF.
La ferme Nord - Pas-de-Calais reste très diverse en termes de productions, mais on constate que l'élevage laitier décroche (- 36 %) alors que la part des exploitations orientées grandes cultures domine. »

