Agriculture

VENDIN-LE-VIEIL

Vendin-le-Vieil - HGD : Retia reprend des terres, les agriculteurs grincent des dents

dimanche 20.01.2008, 11:25
Vendin-le-Vieil - HGD : Retia reprend des terres, les agriculteurs grincent des dents À gauche, les terres agricoles serviront de stockage. À droite la décharge. PHOTO FRÉDÉRIC DOUCHET

Retia, filiale de Total chargée de la dépollution du site HGD, a décidé de récupérer sept hectares de terre agricole pour son chantier de réhabilitation. Dans le prolongement de la friche industrielle, ces terrains étaient loués jusqu'ici à trois agriculteurs. Émoi de la FDSEA qui dénonce une extension de décharge au préjudice de terres agricoles. Retia s'inscrit en faux : pas d'extension mais un lieu de stockage propre sans risque ni pour les parcelles ni pour le captage d'eau situé à proximité.

«  Les agriculteurs de Vendin-le-Vieil sont écoeurés. »

Fin décembre, un communiqué de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles) s'indignait de la récupération de parcelles agricoles par la société Retia sur l'ancien site HGD (Huiles, goudrons et dérivés). En cause, la reprise de sept hectares de terrains exploités (blé, betterave...) pour les besoins de la dépollution de l'ancienne usine carbochimique. «  Les agriculteurs du secteur sont complètement indignés de cette situation alors qu'un périmètre de captage d'eau a été instauré et conditionne les pratiques agricoles. »

Dans le sillage du Grenelle de l'environnement, le syndicat d'exploitants s'interroge : « Comment peut-on réglementer les pratiques agricoles et dans le même temps autoriser l'extension d'une décharge de produits dangereux à proximité d'un captage d'eau, en lien direct avec les nappes phréatiques ? »

L'argument de la ressource en eau tombe à pic puisque le captage de Vendin-le-Vieil, est situé à 800 mètres à vol d'oiseau d'HGD. Une enquête publique a eu lieu fin 2007 et une déclaration d'utilité publique doit suivre pour fixer des périmètres de protection.

Selon la FDSEA, deux agriculteurs se voient retirer l'usage de terres situées dans la périphérie de la friche et louées jusqu'ici à Total. Le premier exploitant, de Vendin-le-Vieil, indique qu'il a prévenu «  tout le monde » il y a six mois mais que, ne voyant rien venir, il a fini par accepter une transaction avec Retia. Affaire classée, donc. Le second, d'Annay-sous-Lens, ne veut pas s'exprimer pour ne pas contrarier les négociations en cours. Pour avoir un avis d'agriculteur, il reste celui de Ghislain Blanchant, par ailleurs premier adjoint au maire de Vendin-le-Vieil : «  C'est déplorable que des terrains agricoles soient retirés à l'agriculture pour dépolluer tout et n'importe quoi. En plus, il y a un problème d'intérêt général puisque ces terrains sont situés à proximité du château d'eau de Vendin. »

Dans le prolongement de la fosse 8, rue Spas, Retia refuse toute idée d'extension de décharge. «  Nous avons besoin de place pour stocker des produits propres ce sont des déchets verts, troènes broyés ou autres, qui servent au traitement biologique des terres polluées », explique Serge Bailleul. Plusieurs fois, le responsable du site répète que ce nouvel espace de stockage ne sera jamais souillé : «  On dépollue ici, ce n'est pas pour polluer ailleurs ! »

Pas de conséquence non plus pour la qualité de l'eau qui est puisée à huit cents mètres de là. «  La justification de nos travaux, c'est justement la protection de la nappe », ajoute le chef de projet. Autant dire que Retia n'a pas l'intention de se tirer une balle dans le pied. Pour son responsable, cette position du syndicat agricole s'explique autrement : «  C'est un problème de reprise générale de terre aux agriculteurs. Toute la région est concernée. »
Compromis ?

Ces terres changeront d'affectation fin septembre, après la dernière récolte. Ce ne sont pas deux mais trois agriculteurs (Retia indique qu'un autre exploitant est concerné sur une petite surface) avec qui la société est entrée en négociation. «  Ces transactions se passent entre avocats, le nôtre et celui la FDSEA, précise Serge Bailleul à propos de la procédure d'éviction. Un agriculteur a signé, les négociations sont en cours avec deux autres avec de bonnes chances d'obtenir un compromis. » •

PHILIPPE BESSIN

Ces goudrons qui ne migrent pas...

Le traitement de la décharge d'HGD a commencé en 2007 dans cette partie très sensible puisque très polluée... et située à la lisière des terres agricoles. Visite.
15 % de fait... Le chantier suit son cours dans la décharge où une pelle hydraulique sépare « le bon grain de l'ivraie ». La métaphore agricole s'arrête là s'agissant d'une terre nourrie par la carbochimie. Des masses de goudrons ont été enterrées sur ces 4 hectares ainsi que des morceaux en béton, de la ferraille et même des pneus ici ou là. Tout un tas de matériaux amassés en trois quarts de siècle de présence d'HGD.
Si l'émoi agricole se fait sentir, c'est aussi en raison de la proximité immédiate des terres (encore) agricoles. La ligne de démarcation est si nette qu'on se demande comment les polluants de droite ont bien pu s'arrêter soudain. Un peu comme le nuage de Tchernobyl en d'autres temps... L'explication tient, selon le responsable du chantier, à la nature même des produits entreposés dans la décharge : « Ce sont surtout des produits solides issus des goudrons de houille. On s'en servait pour l'étanchéité des murs. Ces produits sont peu mobiles et ne migrent pas. » Bref, contrairement à d'autres hydrocarbures (le pétrole, par exemple, bien connu chez Total), ces déchets polluants mais compacts sont restés cantonnés à la décharge.
À côté de ce gros chantier, des parcelles vertes représentent l'espace dont Retia a désormais besoin pour continuer sa tâche. « Nous avons besoin de place mais aussi d'accès. Avec ces terres, nous pourrons accéder par deux nouvelles entrées », indique Serge Bailleul. L'entrée de la rue Spas devrait ainsi être déchargée d'une partie de son trafic.
Dans le fond de la décharge, la craie affleure après le passage de la pelleteuse sur chenille où l'opérateur a la délicate tâche de séparer la bonne terre (tout n'est pas pollué) de l'autre. Ce qui explique les différences de niveaux au fil de l'excavation. Un peu plus haut, en amont, la terre dépolluée a pu reprendre place. Les saules poussent et un petit animal a même retrouvé droit de cité. « Le ver de terre vit parfaitement dans nos terres dépolluées », se félicite Serge Bailleul. « Tous les jardiniers vous diront que c'est un indicateur de bonne santé des terres. » Le chef de projet précise que ces lombrics n'ont pas été importés mais ont bien retrouvé le chemin des terres dépolluées d'HGD
par leurs propres moyens. • PH. B.

En chiffres

• 2012
C'est l'année où prendra fin la réhabilitation du site HGD, du nom de la distillerie de goudrons, huiles et produits dérivés (1923-1997). Un chantier commencé en 1997.

• 350 000
Le nombre de saules qui seront plantés sur 20 des 32 hectares (60 000 déjà plantés). Pour cette opération, Retia a fait appel à la Vie active.

• 950 000
En tonnes, la masse de terres polluées à traiter.

• 15 000
En tonnes, la masse de végétaux apportés par an sur le site. Sur des plates-formes d'andains, ces déchets verts sont mélangés à la terre polluée. La dépollution se produit par traitement biologique et un procédé baptisé « phytoremédiation ».

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