LE VISAGE DE L'ACTUALITÉ
Pêche : « L'avenir ne peut pas se décider au cours d'une nuit des longs couteaux »
mardi 20.12.2011, 05:08
Pierre-Georges Dachicourt souhaite en finir avec le système de négociations actuel. PHOTO GUY DROLLETMonté au front à Bruxelles pour défendre les pêcheurs, Pierre-Georges Dachicourt, président du comité national des pêches, se félicite de la cohésion des pays européens pour faire plier la commission Pêche de l'Union européenne.
- Vous avez vécu de l'intérieur les négociations qui ont abouti dans la nuit de vendredi à samedi. Avec le recul, qu'en pensez-vous ?
« On ne peut pas continuer dans cette voie. On ne peut pas décider de l'avenir d'une filière au cours d'une nuit des longs couteaux où personne ne dort et où c'est celui qui tient le plus longtemps les yeux ouverts qui gagne. Les négociations ont démarré jeudi à 18 h pour se terminer samedi à 4 h du matin, non-stop. On peut remercier le ministre de la Pêche, Bruno Le Maire, et ses équipes d'avoir tenu bon face à la commission pêche, laquelle a dû céder devant les arguments scientifiques imparables, mais qu'elle souhaitait ignorer. »
- La mise en place de quotas pluriannuels (calculés sur plusieurs années) serait une des solutions ?
« Sur certaines espèces comme le hareng, dont on sait que les stocks se sont reconstitués, on peut, avec poids et mesure, établir des quotas pluriannuels qui donneraient de la visibilité aux pêcheurs. Les études de sélectivité commencent à payer. Le seul point noir du sud de la mer du Nord reste le cabillaud, mais ça s'améliore. En fonction des études, des objectifs de rendement maximal durable, on peut instaurer des quotas pluriannuels et les adapter en fonction. »
- En revanche, les pêcheurs ont bien failli perdre de l'effort de pêche (lire ci-dessous)...
« Alors là, il faut reconnaître que c'est parce que les Anglais étaient les plus touchés (si la réforme passait en l'état, la pêche anglaise s'arrêtait au 1er janvier) qu'une minorité de blocage a pu être trouvée. Les Anglais étaient leaders de la négociation, la France avait trouvé l'appui des Allemands et des Hollandais. L'Irlande était contre, les Espagnols aussi... À partir de là, la commissaire a vu qu'elle n'avait plus assez de soutien. Elle l'avait mauvaise. »
- Craignez-vous les prises de position de la commission ?
« Pour moi, elle n'est plus dans son rôle de commissaire. Elle est rentrée dans une idéologie (protection de la ressource à outrance au-delà des conséquences sociales) et c'est grave. Il faut qu'elle comprenne que la pêche, ce sont des hommes, des familles à faire vivre, des entreprises... »

