FIGURES MARITIMES BOULONNAISES
Pierre Malle, le traqueur de bactéries dans les produits de la mer
dimanche 03.02.2008, 09:36À lui tout seul, Pierre Malle incarne le laboratoire des produits de la pêche de Boulogne. Arrivé pour créer le labo rue Huret-Lagache, le microbiologiste s'apprête à emménager, 33 ans plus tard, dans les locaux HQE construits sur le quai Désiré-Delmotte du bassin Napoléon.
Jeune docteur en microbiologie, le Marquisien Pierre Malle débarque à Capécure en avril 1975. « C'était dans le bâtiment que nous occupons encore aujourd'hui. Mais je n'avais qu'une seule pièce au bout d'un couloir », se rappelle-t-il.
« Le ministère de l'Agriculture souhaitait créer un outil pour réaliser des analyses officielles pour les produits de la pêche. Il m'a chargé de mettre en place la structure. J'ai acheté un minimum de matériel et recruté mes deux premiers collaborateurs, Sylvie Degrémont, technicienne, et Suzanne Pierru, agent de laboratoire. » Le labo est, à cette époque, utilisé uniquement à des tâches de contrôle. « J'allais opérer des prélèvements en entreprises au volant de ma 2 CV personnelle. » Pierre Malle met au point l'évaluation par des critères chimiques de l'altération du poisson : « des méthodes rapides et en plus non coûteuses je n'imaginais pas qu'on les pratiquerait encore en 2008. » S'en suit l'étude des flores microbiennes qui altèrent le produit. Dans les années quatre-vingt, se développe le souci de la qualité et de la sécurité alimentaire : « outil de contrôle officiel, nous sommes devenus outil de recherches appliquées et avons proposé notre service aux entreprises de la filière. »
Garantir la qualité
Implanté au coeur d'un Capécure qui se transforme, le labo garde donc le contact quotidien avec les professionnels tout en développant ses activités de recherche. Parallèlement, le site de Boulogne devient l'un des douze labos nationaux du CNEVA en 1991, puis de l'AFSSA en 1999. Aujourd'hui, il va s'installer, sur une surface deux fois plus grande, bord à quai.
L'équipe s'est étoffée : cinq scientifiques, huit techniciens ou agents de labo, deux secrétaires administratifs, sans compter le renfort toujours apprécié de thésards ou de stagiaires. L'équipe travaille, en microbiologie, sur la croissance et la virulence de la Listeria, mais aussi sur les vibrions que l'on trouve sur les crevettes.
« En 2008, nous ouvrons un programme, avec l'agence nationale de la Recherche, sur les biofilms poissons, ces micro-organismes qui, protégés par de la matière organique, peuvent résister au nettoyage et à la désinfection des surfaces de travail. » En chimie, « nous sommes labo de référence nationale pour l'histamine, une molécule produite dans le thon. » Et le nouveau bâtiment abritera aussi un labo de parasitologie des poissons dans lequel opérera une jeune chargée de recherche recrutée il y a dix-huit mois. « Ce projet a été validé au sein du pôle de compétitivité et a reçu l'assentiment de la filière. Aujourd'hui, les esprits ont évolué, on n'occulte plus les choses. » Et c'est la qualité qui en sort gagnante.
Habilité à diriger des recherches depuis 1999, celui qui a été sacré « chercheur régional de l'année » en 2006 enseigne la microbiologie alimentaire depuis quinze ans aux étudiants de Deust, de licence et de master de l'Université du littoral. Expert national, il apprécie aussi les partenariats noués à Boulogne - à l'ULCO, à l'Ifremer, au CEVPM, au pôle - dans une communauté maritime qui compte bien plus de scientifiques que lorsqu'il est arrivé. Mais il sait aussi s'adresser à la ménagère : « conservez vos produits de la mer à une température proche de 2°, jamais supérieure à 4°, car les microflores bactériennes des poissons supportent, mieux que celles de la viande, les basses températures . »
