Agroalimentaire

Deux ans après la « reprise », comment se porte Loyez Salaisons ?

Publié le 10/05/2009 à 04h47

Cela fait déjà deux ans que l'entreprise carvinoise Loyez Salaisons, spécialisée en saucisson de cheval, est sorti de l'enfer de la liquidation judiciaire grâce à des repreneurs inespérés. Des repreneurs qui n'avaient pas imaginé toutes les difficultés qu'ils allaient traverser en deux ans... notamment avec l'ancien directeur du site qu'ils ont assigné en justice. Explications.

Deux ans après la « reprise », comment se porte Loyez Salaisons ?
Cela fait déjà deux ans que l'entreprise carvinoise Loyez Salaisons, spécialisée en saucisson de cheval, est sorti de l'enfer de la liquidation judiciaire grâce à des repreneurs inespérés. Des repreneurs qui n'avaient pas imaginé toutes les difficultés qu'ils allaient traverser en deux ans... notamment avec l'ancien directeur du site qu'ils ont assigné en justice. Explications.

PAR ANNE-CLAIRE GUILAIN

La crise, à Loyez Salaisons, c'était il y a deux ans. En janvier 2007, la liquidation judiciaire est prononcée par le tribunal de Béthune et les 25 salariés remerciés, malgré des propositions de reprise sérieuses. «  Le tribunal estimait que l'offre n'était pas suffisante. Mais les mairies, notamment celle de Carvin, ont mis la pression. du coup, le tribunal a cédé et la reprise a pu se faire », explique Olivier Naye, directeur général de Loyez Salaisons, fils de Régis Naye, qui a repris le site avec Marcel Corraini. Les nouveaux dirigeants reprennent donc 14 salariés sur 25 («  Une bonne partie des personnes que nous n'avons pas réintégrées était de la famille de l'ancien directeur. Seuls quatre emplois ont réellement été sacrifiés. »).

Litige sur la marque Loyez

Mais la liquidation a laissé des traces. «  Pendant un mois et demi, nous avons dû attendre pour avoir de nouveaux agréments sanitaires. C'était presque plus une création d'entreprise qu'une reprise car il n'y avait plus de fond de commerce. Il n'y a donc pas eu de fabrication de saucissons. Les clients se sont tournés ailleurs », poursuit Olivier Naye. «  Ailleurs », c'est, selon lui, vers la Belgique où l'ancien directeur du site a «  délocalisé sauvagement son activité ». «  Il semblait avoir préparé son coup car il a fait déposer la marque Loyez là-bas et a incité les clients à le suivre. » Il faut dire que Loyez, «  c'est une recette. L'entreprise existe depuis 1975, elle est très connue par les professionnels qui ne veulent pas du saucisson de cheval, ils veulent du Loyez. C'est la reconnaissance d'un savoir-faire ». Du coup, pour le jeune directeur général, la concurrence de l'ancien directeur est déloyale. «  En fait, nous n'avons pas de service commercial. On travaille avec quatre ou cinq grossistes. Et du coup, on est en concurrence directe avec le même nom : il y a le Loyez France et le Loyez Belgique mais le Loyez historique, celui qui est réputé, c'est à Carvin qu'il est fabriqué. »

Rentable depuis trois mois

Dans cette situation, les dirigeants ont donc décidé d'assigner l'ancien directeur en justice. Mais «  au premier procès, nous avons perdu. On a fait appel, on va repasser prochainement ».

Pour l'ancien directeur, la version est tout autre évidemment. «  Il est le neveu de M. Loyez, le créateur de l'entreprise, il estime donc qu'il a une légitimité familiale. Mais c'est oublier qu'il a fait couler la boîte. » Cette confusion, qui a brouillé les pistes des clients, a mis du plomb dans l'activité de la société carvinoise. «  Nous ne sommes rentables que depuis trois mois. Il faudra trois à quatre ans pour éponger tout ce que nous avons perdu en deux ans. On n'avait évidemment pas prévu tout ça, on pensait reprendre avec une clientèle. »

Mais désormais, grâce à la confiance d'un propriétaire d'abattoirs, la société sort la tête de l'eau et croit en l'avenir. «  Oui, je suis confiant, car ça y est nos chiffres sont en hausse, les clients reviennent, car la qualité est là. On est peut-être le plus cher saucisson de cheval du marché, on est quand même le meilleur et les gens ne s'y trompent pas. » Dernièrement, Loyez Salaisons a même embauché trois nouveaux salariés. Lors de la reprise, Marcel Corraini avait envisagé de faire tourner une équipe de 28 personnes. Gageons que cet objectif est encore d'actualité. •

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