ALTERNATIVE
Rencontre avec le seul éleveur de porc bio du Nord
lundi 07.12.2009, 10:58À l'heure des débats sur l'installation de porcheries industrielles en Flandre, on parle de plus en plus d'agriculture biologique comme mode d'élevage alternatif, plus respectueux de l'environnement et des conditions de vie des bêtes. Dans le Nord, on compte un seul éleveur de porc bio ; il est installé à Borre, près d'Hazebrouck. Un ovni dans le paysage agricole actuel de la région où 95 % des éleveurs font de l'intensif sur caillebotis.
Quand on évoque élevage de porcs bio avec le spécialiste « porcs » de la chambre d'agriculture, les grincements de dents ne se font pas attendre : « Soyons sérieux, le porc biologique en Flandre, c'est impossible. Avec les conditions climatiques et la terre argileuse, on ne peut pas élever des porcs en plein air ! De toute façon, le consommateur veut de la viande bon marché. » Même son de cloche du côté du Groupement des producteurs des monts de Flandre : « Le porc bio est trop cher à produire, il ne répond pas à la demande ! » Pour autant le porc industriel ne va pas bien dans le Nord. Le même spécialiste de la chambre d'agriculture souligne : « Le porc sur caillebotis est vendu 1,14 E le kg en sortie d'élevage et coûte 1,45 E en moyenne à produire. »
Des conditions difficiles qui poussent beaucoup d'éleveurs à agrandir leurs porcheries pour atteindre des seuils de rentabilité. À Borre, Grégory Delassus, 32 ans, fils d'agriculteur, a préféré rompre avec cette logique pour faire le pari du porc bio sur une petite exploitation. Installé en mars 2005 dans la ferme de ses parents, son cheminement vers l'agriculture biologique n'a pas été évident : « En sortant du lycée agricole, pour moi le bio c'était des babas cool qui élevaient des chèvres dans le Larzac. Je m'intéressais à l'environnement et j'ai visité une exploitation bio en Bretagne. J'ai découvert une agriculture à la fois très moderne et très technique. »
Aujourd'hui Grégory Delassus possède dix-huit truies à la Ferme du Beau Pays. Il produit trois cents cochons par an en plein air, les nourrit avec des céréales qu'il fait pousser sans produits chimiques. Il fonctionne par rotation : porc, maïs, férévole (pour apporter de la protéine aux bêtes), épeautre, triticale. Il produit dix-huit tonnes de viande par an. « C'est tout petit par rapport aux autres élevages porcins de la région, mais ca me permet d'en vivre en faisant une agriculture qui me plaît. » Pour rester rentable avec sa petite exploitation, Grégory Delassus a fait le choix de la vente directe. Il fait abattre ses porcs à Hazebrouck et un charcutier les découpe à la ferme. La charcuterie est ouverte le vendredi après-midi et le samedi matin. Les clients ? « Des gens qui achètent du bio, parce qu'ils refusent l'élevage industriel. Certains avaient même arrêté de manger de la viande par dégoût des modes de production. Il y a aussi ceux qui se fichent du bio mais qui viennent pour le goût. » En moyenne, Grégory Delassus vend sa viande 11 E le kilo.
« C'est plus cher qu'en supermarché, mais pas beaucoup plus que chez un boucher qui vent du porc issu des élevages classiques. » Il le souligne, ses clients ne sont pas des gens riches : « Il y a quelques bobos de Lille mais ça n'est pas la majorité, beaucoup de familles modestes, des gens des environs qui me connaissent. » Alors, le porc bio en Flandre, pari gagné ? Aujourd'hui : Ils sont quatre à travailler sur l'exploitation de vingt-cinq hectares avec dix-huit truies reproductrices : Grégory, son charcutier à temps plein, et ses deux apprentis.

