CONJONCTURE
L'automobile ralentit en Europe, l'accident industriel menace
vendredi 07.12.2007, 05:52Les constructeurs automobiles ne jurent plus que par les marchés émergents, où ils peuvent écouler leur production plus facilement qu'en Europe.
L'automobile n'a pas la cote. On l'accuse de polluer, les centres-villes ne veulent plus la voir, son carburant coûte de plus en plus cher, son conducteur se fait taxer au moindre écart... Dans les budgets des ménages, la voiture n'est plus la reine. Elle doit s'effacer devant le logement et lutter devant la montée en puissance des nouveaux loisirs numériques (Internet, téléphone, télévision...).
Conséquences directes : le marché stagne en Europe (+ 0,7 % pour les neuf premiers mois de 2007) et en France (+ 0,3 %). Les constructeurs hexagonaux, en plein renouvellement de leurs gammes, sont les premiers à boire la tasse. Avec ses Mégane et Scénic vieillissants, la production de Renault-Douai a chuté de 30 % entre 2004 et 2006. La relève n'arrivera pas avant la fin 2008. PSA limite la casse grâce au style séduisant des dernières Citroën.
En surcapacité
La bagnole qui cale, c'est l'Europe qui tremble pour ses 12 millions d'emplois. L'Union européenne s'inquiète de la surcapacité de ses usines et veut se préparer à une restructuration la moins douloureuse possible. « La France n'est pas à l'abri de fermetures d'usines », avertit Guy-Alain Sitbon, consultant chez PricewaterhouseCoopers.
Pourtant, les constructeurs européens ont un moral d'acier et annoncent des perspectives de vente très ambitieuses : Renault veut vendre 3,3 millions de voitures en 2009, soit 800 000 de plus que sur l'exercice 2005 pour PSA, ce sera 4 millions en 2010, soit 700 000 de mieux alors que Volkswagen vise les 8 millions par an en 2010.
Où vont-ils les vendre ? En Russie, au Brésil, en Inde et en Chine essentiellement, ces nouveaux eldorados automobiles où tout est à faire, où il y a de la place pour tous les constructeurs. L'opposé de l'Europe où la concurrence féroce sur des marchés soumis à des contraintes techniques et environnementales croissantes, oblige à sans cesse réduire ses marges pour des clients exigeants.
Cependant, pas question de délaisser l'Europe qui reste de loin le premier marché automobile mondial (lire ci-contre). Pour les petites voitures, genre Twingo ou Fiat 500, où le coût de la main-d'oeuvre pèse lourd dans le prix final, la solution a vite été trouvée : direction les pays de l'Est. La Yaris, dont les ventes sont au beau fixe, est une exception. Ses volumes (250 000 exemplaires annuels) sont noyés dans les quelque dix millions de Toyota. Pour les autres modèles, le risque de délocalisation est moindre, d'autant qu'une fermeture d'usine dans son pays d'origine serait catastrophique pour l'image d'un constructeur. « Le coût n'est pas tout », analyse Guy-Alain Sitbon. « La qualité de la main-d'oeuvre, le savoir-faire et la recherche sont nos atouts, en plus de notre position géographique incontournable, mais c'est difficile de composer avec des charges de plus en plus lourdes », estime Georges Crapet, président de l'Association régionale de l'industrie automobile du Nord - Pas-de-Calais.

