AUTOMOBILE
Les Yaris de Toyota plus « patriotes » que les low cost de Renault ?
samedi 11.02.2012, 05:17
Le «made in France» en toile de fond lors de la visite de Pierre Lellouche dans l'usine présidée par Makoto Sano, à son côté. PHOTO MAX ROSEREAULa polémique sur l'inauguration d'une usine Renault géante low cost à Tanger a trouvé son écho hier à Onnaing, près de Valenciennes, où le secrétaire d'État au commerce extérieur avait entrepris une petite visite. Toyota sait produire en France alors que Renault s'évade. Est-ce aussi simple ?
Pierre Lellouche ne pouvait pas tomber mieux en visitant le site Toyota d'Onnaing, hier matin. Pas d'annonce particulière et nous n'étions pas dans la Semaine de l'industrie ou de l'automobile. Mais le secrétaire d'État s'était chargé la veille de répondre au Sénat à des questions de parlementaires accusant « l'État low cost » qui autorise le « dumping social de Renault » (notre édition d'hier) . Autant remettre la question sur le tapis auto : pourquoi Toyota sait-il assembler des petites urbaines en France et pourquoi Renault ne le fait-il pas davantage ?
Losange ou démon
Certes, la Yaris n'est pas une low cost à proprement parler. Notre expert auto nous rappelait, hier, que les Dacia low cost de Renault utilisent une bonne part de pièces de la Clio de 1998... Moins chères mais moins sûres et moins équipées, ces voitures à bas prix alimentent un marché de « segment B », toujours en légère croissance, qui pèse encore près d'un quart des ventes en Europe avec les Clio, 207, Yaris, Fiesta ou Corsa... Les politiques souhaitent que ces autos soient fabriquées en France pour soutenir l'emploi français, thème idoine de campagne présidentielle, et ils saisissent toutes occasions pour le dire. « Je ne suis pas ici par hasard », confiait Pierre Lellouche, hier, rappelant que « 40 % de nos exportations sont le fait de filiales françaises de sociétés étrangères ». De fait, 87 % des Yaris sont exportées, en Italie (20 %), en Allemagne ou en Grande-Bretagne (15 %) 13 % seulement sont vendues en France. « Toyota fabrique au coeur de ses marchés. Sinon, le marché vous refuse », explique François Papin, vice-président du site aux 4 500 salariés qui sortent une Yaris par minute en trois équipes, soit 1 014 voitures par jour.
Les moteurs viennent du Japon ou de Pologne et le coût du travail ne semble pas être un frein pour une enseigne qui vante le « made in France » dans ses salles ouvertes au public. Le taux de chômage était de 22 % et la main d'oeuvre fort disponible (et bien formée) quand Toyota choisit Valenciennes en 1998 (14 % aujourd'hui). Plus d'un milliard d'euros ont été investis dans l'usine, dont 26 millions d'euros d'aides publiques depuis l'origine... Le succès de la formule japonaise est sans doute ailleurs, notamment dans l'importance de la réduction des coûts acquise par la discipline d'une méthode poussée à l'extrême : l'amélioration continue (kaizen) ou l'observation du terrain (genchi genbutsu) dans une usine hypercompacte, surfaces réduites au maximum pour optimiser les flux de matières (à peine deux heures de stock), de ressources humaines et d'informations.
On ne sait toujours pas si Toyota saurait faire du low cost en France avec un coût horaire chargé de 26 euros mais Renault a fait comprendre qu'il s'en sentait bien incapable. D'où Tanger et peut-être l'Algérie. C'est voitures sans frontières.

