SYNDICALISME
Les FO banques fustigent « l'avidité des patrons qui a détruit le métier »
samedi 22.05.2010, 05:06
Marc Durant (FO Lille), Serge Legagnoa (secrétaire national), Michèle Sohet (FO Lille) et Sébastien Busiris (secrétaire fédéral).Ça cogne dur à l'occasion de la tenue, hier à Lille, de l'assemblée générale des FO-Banques, l'un des deux grands syndicats d'une profession d'employés de banque « pervertie par les excès de leurs dirigeants ». Serge Legagnoa, secrétaire général national, enlève ses gants de velours...
- Le secteur bancaire va-t-il si mal que ça ?
« On traîne depuis deux ans ce fardeau : le banquier est à l'origine de la crise. Or, il faut bien distinguer les employés de la banque (20 000 dans le Nord - Pas-de-Calais) et les patrons des banques. Pour eux, tout va bien ! Ils ont fait le choix de la spéculation et leur avidité a détruit le métier. BNP a fait 2 milliards de bénéfices au premier trimestre, contre un pour la Société Générale, 850 ME pour le Crédit Agricole et 900 pour les Caisses d'Épargne-Banques Populaires. Ceci avec moins de salariés puisque c'est historique, le secteur bancaire affiche - 1 % d'effectifs prévus en 2010 (après - 1 % en 2009). Et ceci avec des pressions de plus en plus fortes sur les salariés soumis à des campagnes commerciales de plus en plus nombreuses (sur les taux, les prêts, etc.). »
- Comment les salariés des banques vivent-ils la crise aujourd'hui ?
« Il n'y a plus d'agressions verbales - il y eut des coups de poing par des clients ulcérés. Le contact s'est restauré alors que les incivilités ont augmenté de 24 % dans les banques non mutualistes. On n'est plus sur la question du lynchage mais nous avons de moins en moins les moyens de travailler. Pensez bien que la Société Générale n'a rien proposé de mieux pour lutter contre le stress de ses salariés que leur conseiller de mieux manger, mieux dormir et faire du sport ! Tout ce que les France Télécom subissent en stress existe dans les banques dont les patrons souhaitent augmenter le nombre de commerciaux au détriment des services administratifs. On s'étonnera ensuite des plaintes des clients parce qu'une plate-forme téléphonique ne répond pas ou que le suivi des chéquiers est mal assuré... Ça ne rapporte rien aux patrons, à l'inverse de la spéculation sur les marchés. »
- Mais les patrons des banques ne sont-ils pas eux-mêmes soumis aux pressions des marchés ?
« Plus de 800 000 E ont été versés en seule retraite chapeau en 2009 pour le seul patron du Crédit Agricole. À la charge des entreprises, sur le dos des salariés et indirectement des clients. C'est choquant et la plupart des patrons de banque sont à la même enseigne. Les bonus ont augmenté de 15 à 25 % pour les patrons alors que les salariés n'ont bénéficié que d'une augmentation minime de salaires (1 %). Voilà deux ans que nous répétons que le pire est devant nous et je le redis, à force de nationaliser les pertes et de privatiser les bénéfices, on répond à la pression des marchés par toujours plus de spéculation. Je ne reconnais plus notre métier de banque de détail, et nous appelons à une journée d'action le 15 juin. »
PROPOS RECUEILLIS PAR YANNICK BOUCHER
« Apéro FO géant », le 15 juin à 11 h, place de la République à Lille.


