INSOLITE
À La Gorgue, les fourmis sont devenues le gagne-pain de Dominique Dewulf
samedi 22.03.2008, 06:06En janvier 2006, Dominique Dewulf a créé Antslab à La Gorgue. Le pari un peu fou - vivre de l'élevage de fourmis, une première en France à l'échelle familiale - est en passe de se transformer en « success story ».
Barman, cariste, gérant de salle de musculation, horticulteur, magasinier... Myrmécologue, avouez que ça en jette plus ! Dominique Dewulf aura mis quelques années à devenir « Monsieur Fourmi ». Il est le seul en France à vivre aujourd'hui du commerce de ces insectes et d'accessoires se rapportant à leur élevage. Une référence au point que des milliers de passionnés de France ou d'Espagne, de la Belgique au Portugal, sollicitent ses lumières.
Son site Internet et ses connaissances des insectes, peaufinés à raison de « vingt heures par jours, 364 jours sur 365 » en 2005, valent toutes les cartes de visites. Le trentenaire natif de Lille, barbe de trois jours et clou à l'oreille, contemple un instant ses protégées, cent cinquante infatigables paires de pattes dans un cadre de plexiglas rempli de sable : l'objet, un kit pédagogique, ne paie pas de mine. Futur best-seller dans les écoles primaires. Le milieu de l'enseignement représente environ 30 % des ventes d'Antslab. Le contenu éclipse le contenant : à l'intérieur, c'est fascinant.
Le secret de Dominique Dewulf provient sans doute de cette capacité intacte d'émerveillement. Bientôt quadra, il a gardé le regard de l'enfant qui, à 9 ans dans le jardin familial d'Estaires, s'éprend des « bêtes qui grouillent » : « J'ai élevé des scarabées, des papillons, puis des fourmis, par anthropomorphisme. La fourmi est un insecte social. Chaque colonie s'organise, construit un nid. Les fourmis sont opportunistes, elles s'adaptent à tout. » Et d'aviser une feuille de cellulose qu'une colonie a transformée en labyrinthe aux couloirs étayés par des minuscules morceaux de calcaire. Un chef-d'oeuvre d'architecture animalière.
Le CNRS comme client
La bête présente tellement d'intérêt du point de vue de la recherche que le CNRS, la Cité des sciences de La Villette, la faculté de Tours et le département biologie de l'université de Bruxelles sont devenus des clients réguliers d'Antslab. Élever des fourmis serait donc si complexe ? « Il faut s'assurer de l'hygrométrie et éviter les sources de lumière directe », préconise Dominique Dewulf. L'homme ne se considère pas comme un scientifique : « J'ai arrêté mes études à 16 ans, j'ai appris par moi-même sur Internet. J'ai animé un forum, échangé des informations avec des passionnés. »
Chercheur ? Non plus. Artisan conviendrait davantage au myrmécologue gorguillon, qui confectionne tous ses nids. Chimiste, il décompose des protéines pour garnir le garde-manger, conçoit des produits anti-évasion efficaces. Nurse, il élève quinze espèces d'insectes. Un grand enfant pragmatique. Le touche-à-tout passé expert en e-business a commercialisé environ sept mille colonies en 2007.
> www.fourmis.fr
