RECONVERSION
Deux ex-Samsonite, souverains du Royaume du troc
vendredi 18.04.2008, 05:35Il y a un peu plus d'un an, ils subissaient de plein fouet la fermeture de leur entreprise Energy Plast, ex-Samsonite. S'en est suivie la bataille juridique qu'on connaît. Aujourd'hui, ils sont patrons de leur entreprise. Jean-Marc Mairesse et Olivier Leroy croient fort en leur site d'échanges qui fait ses débuts sur le web : www.leroyaumedutroc.com
Neuf ans. Pendant neuf ans, ils ont travaillé ensemble. À l'emballage, à l'établi... En 1998, ils se sont d'abord occupés des valises Samsonite. En 2001, ils se sont retrouvés face à face, dans le bureau du comité d'entreprise, syndiqués à la CGT. En 2005, ils ont vécu la cession du site à Energy Plast et en 2007, sa liquidation judiciaire et leurs licenciements. Et depuis, les procès... au tribunal de grande instance, aux Prud'hommes... à Paris, à Béthune, à Lens... Pas facile de se sortir d'une telle histoire. Mais Jean-Marc Mairesse et Olivier Leroy se sont accrochés à un projet. Un projet qui tenait à coeur du premier. « Je cherchais une idée depuis un an et demi quand Energy Plast a fermé. Je savais que je ne ferai pas ma carrière dans cette entreprise. Alors j'ai commencé à m'intéresser au monde de l'Internet, à me former moi-même. J'ai pris des cours par correspondance de marketing et référencement sur Internet. »
Solidarité et social
Mais toujours pas d'idée, de concept de site porteur. « Quand j'ai déménagé de Billy-Montigny, j'ai redécouvert tout ce que j'avais entassé dans le grenier. J'ai tout mis sur le trottoir pour ceux qui étaient intéressés. Et les gens sont venus se servir. Je me suis renseigné sur le web, et j'ai vu qu'il y avait un marché dans l'échange, le troc et le don. J'avais trouvé l'idée. » Mais seul, difficile de se lancer. Alors, Jean-Marc en parle à son collègue, son ami, Olivier. « Il m'a proposé de travailler avec lui quand Energy Plast a fermé. Moi, je voulais bosser dans la fonction publique mais à la cellule de reclassement on m'a bien fait déchanter. Alors je lui ai dit oui ».
Et voilà comment les deux compères ont créé leur société (lire ci-dessous). M&L Web partners, c'est son nom. Les anciens syndicalistes CGT sont devenus patrons, et ils en rient encore. Un peu avant, ils avaient commencé à faire réaliser leur site internet d'échanges qu'ils ont appelé le Royaume du troc. « Il y a des petites annonces normales avec des prix, mais ce n'est pas le but. L'idée, c'est plutôt de créer une véritable communauté du troc. C'est fou comme les échanges de voitures, de motos, sont très demandés. » En trois mois, déjà huit cents membres sont entrés dans la communauté. Évidemment, dans ce Royaume du troc plane un air de solidarité et de social qui n'étonnera personne.
« Créer sa société, c'est compliqué »
Passer de salariés à patrons, ce n'est pas toujours facile. Jean-Marc et Olivier peuvent en témoigner. Surtout quand on a été licenciés à moindres frais...
Les « patrons-voyous », ils connaissent merci ! C'est pourquoi a priori, ils ne devraient pas tomber dans ce travers.
Mais en passant la barrière, ils ont dû reconnaître qu'ils ont pas mal galéré. « Créer sa société, en France, c'est compliqué !
», lâche Olivier Leroy. Avant tout, il faut de l'argent. Et ça, les ex-salariés de Samsonite, licenciés avec un PSE de misère, n'en avaient pas. « Heureusement, on a quand même eu 3 000 du PSE par le liquidateur judiciaire. Et surtout, il y a l'ACCRE (l'Aide pour les chômeurs, créateurs, repreneurs d'entreprises), versée par les ASSEDIC. Sans ça, on ne se lançait pas. » Parce que créer son site Internet, ce n'est pas donné, surtout quand on veut qu'il nous assure un salaire décent dans les mois à venir. « Ça coûte 10 000 environ. Nous, on a un peu négocié ». Désormais, la société (M&L Web Partners) est créée, le site en ligne et les annonces se multiplient. Reste à supporter les pressions administratives, comme les rappels de TVA... Ah les joies du patronat !


