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Lille : des commerçants baissent le rideau pour dénoncer les hausses de loyer

jeudi 15.05.2008, 11:35
Lille : des commerçants baissent le rideau pour dénoncer les hausses de loyer Le mouvement est parti de la rue Au-Péterinck. PHOTO PIERRE LE MASSON.

Les commerçants indépendants du Vieux-Lille ne sont pas contents et ont bien l'intention de le faire savoir. Pour manifester contre les fortes augmentations de loyers demandées par leurs propriétaires, certains d'entre eux ont décidé de fermer boutique mardi prochain. Ils soulèvent là le problème de la survie des petits commerces en centre-ville.

Ils ne veulent pas parler de grève et préfèrent la formule « rideau baissé ». Des commerçants du Vieux-Lille - et d'ailleurs - ont décidé de manifester leur mécontentement face aux augmentations de loyers que veulent leur imposer leurs propriétaires lors du renouvellement de leur bail. Mardi, à partir de 10 h, ils seront donc rassemblés place aux Oignons, leur bail à la main.

«  C'est normal que les propriétaires réévaluent mais dans la limite du raisonnable », juge Paul Sirvent, qui tient la cave Au gré du vin rue Au-Péterinck depuis dix ans. La limite du raisonnable, pour lui, est indexée sur l'indice des coûts de la construction qui avoisine les 7 %.

Une augmentation que les loueurs peuvent réclamer en toute légalité lors d'un renouvellement de bail. Sinon, il faut déplafonner le loyer en tenant compte des facteurs de commercialité (une nouvelle ligne de bus, une réfection du quartier, l'arrivée d'un concurrent...) et cela finit bien souvent en procédure judiciaire. Dans le Vieux-Lille, ils seraient plus d'une dizaine à être concernés.

Comme Paul Sirvent : «  Je paie 1 350 E HT par mois. Le propriétaire en réclame 4 500 puis est descendu à 3 500. On veut renouveler notre bail mais pas dans ces conditions, ce n'est ni rentable ni viable. » En attendant que son affaire soit jugée, il verse le même loyer qu'avant, au risque de payer les arriérés si son bailleur obtient gain de cause au tribunal. Autre exemple avec le Merveilleux, rue de la Monnaie, installé depuis moins d'un an à quelques mètres de la première boutique. «  Je payais 2 600 E HT, mon proprio en voulait 10 000. J'ai eu la chance de tomber sur un bailleur "raisonnable" qui me fait un prix magique », raconte Fred, propriétaire du fond de commerce. Lui aussi sera fermé le 20 mai «  par solidarité et puis, je suis encore en procès ».

Cette solidarité, Gilberto D'An-nunzio a su en jouer. Cet Italien qui tient La Bottega est à l'initiative de cette journée de mécontentement. «  Nous sommes tous confrontés au même problème. À force d'entendre tous ces gens qui galéraient avec leur proprio véreux, il fallait faire quelque chose. On veut juste expliquer au public ce qui se passe. » Et alerter tous ceux qui arrivent en fin de bail. «  Il ne faut pas que l'un craque, sinon, ça fera boule de neige », s'inquiète Jacques Mutez, conseiller délégué au commerce. •

> Les commerçants concernés : Olivier Maniglier, Benoît chocolatier, Le Merveilleux, La Chaise longue, Marelis bijouterie, Kate boutique, Vercruysse musique, Parution chausseur, Philippe Cloart, La Bottega, Ellen Desforges Maison, Un Vrai semblance, Alchimie fleur, Au Gré du vin, Home etc..., bijouterie Lancina, In bocca al luppo, L'Abbaye des saveurs, Enter Your Name, Été Country, La Fée dans le grenier, Pomme cannelle, Les Compagnons de la grappe, À la belle trouvaille, Goût et tradition, L'Éphémère, Father and sons.

Contact : Gilberto D'Annunzio au 06 19 56 32 46.

CÉCILE DESCAMPIAUX

« On paie un peu la rançon de notre notoriété »

Conseiller délégué au commerce, Jacques Mutez regrette la spéculation sur les fonds de commerce. Il lance quelques pistes pour contrer le phénomène.

« On paie un peu la rançon de l'accroissement de notre notoriété... » Jacques Mutez, conseiller délégué et vice-président au commerce à LMCU, est conscient du problème rencontré par les commerçants mais avoue l'incapacité de la ville à agir directement. « À part dire aux propriétaires que ce n'est pas correct... Les loyers proposés sont indécents, ça ne correspond ni au coût de la vie ni aux investissements faits. Ils bénéficient des efforts faits par la collectivité et ils voudraient en profiter sans coup férir. » Pour aider les indépendants à faire face, il imagine que la ville pourrait les accompagner lors d'actions juridiques, en développant des argumentaires qui pourraient contrer ceux des propriétaires. Quant à la loi Dutreil, relative à la préemption des baux commerciaux par les municipalités, son application est difficile. « On réfléchit pour l'instant aux zones que l'on veut sauvegarder », explique-t-il. Mais de toute façon, dans les faits, la mairie ne pourrait pas toujours s'aligner sur les prix du marché pour racheter.

L'adjoint au commerce envisage donc d'autres formes pour sauvegarder les magasins indépendants. « Il faut desserrer la ville. Le centre n'est pas grand, il faut faire en sorte qu'il soit moins étriqué en favorisant le commerce à Fives, à Lille-Sud, rue du Molinel... » Autre piste envisagée : les compétences commerciales pourraient être transférées à LMCU. « On pourrait créer un fonds de préemption pour aider les municipalités. Et réaliser un plan de développement du commerce dans la métropole. » Lille n'est en effet pas la seule à devoir faire face à ce problème. •

ZOOM

• Du côté des loueurs
« Lille appartient à une poignée d'investisseurs qui ont fait gonfler les prix », annonce Marc Donghi, PDG de l'agence 3x3, spécialisée dans les transactions commerciales. Un fait qui n'est pas sans impact sur son activité : actuellement, une soixantaine d'emplacements ne trouvent pas preneur. « Rue de Béthune ou rue Neuve, ce n'est pas un problème. Ce sont les grandes enseignes qui s'y implantent. Mais dans le Vieux-Lille, ça devient complètement fou. Ceux qui veulent s'y installer n'ont pas la possibilité de payer le loyer », explique-t-il.

Denis Patout, de la société foncière LBP, préfère relativiser. « On a quelques cas particuliers d'investisseurs sévères mais des sympas, je crois qu'il y en a plein. » En tant que bailleur, lui estime nécessaire de trouver un équilibre avec ses locataires et parfois de s'adapter au cas par cas pour «  laisser vivre ». Sans pour autant oublier que « les immeubles sont chers à l'achat, il faut trouver une rentabilité derrière. Mais si les prix augmentent trop, même les grandes enseignes ne pourront pas tenir. Ça va se réguler ».

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