« Ne laisser personne dans le ruisseau »
mercredi 22.10.2008, 04:57« J'ai appelé mon mari pour lui expliquer ce qu'il se passait. Il ne voulait pas me croire quand je lui ai dit : "Je suis dedans." »
Monique est entrée à La Redoute en 1971. Depuis trente-sept ans, elle travaille là-haut, « au cinquième étage. Je trie le courrier et je donne les commandes à mes collègues pour qu'elles les saisissent ». Mais aujourd'hui, la majeure partie des clients utilise l'Internet.
Alors la direction de La Redoute a décidé d'externaliser cette activité vers une autre société. Qui reprendra les anciens de Roubaix, mais à quelles conditions ? Fataliste, à quelques années de la retraite, Monique accepte la perspective du départ. « On ne sait pas où, mais on ira... Sauf si c'est pour être envoyée à Tataouine : je préfère un licenciement ! » Sa collègue Gaby est morose aussi. L'an prochain, elle quittera la société où elle a fait toute sa carrière. « Mais je suis solidaire avec eux. Moi, je n'ai jamais connu le chômage et je n'ai jamais pensé que cela arriverait ».
D'autres salariés sont aussi « sous le choc ». Eva, neuf ans d'ancienneté, ne se satisfait pas d'être épargnée par ce qui est, selon elle, « la première charrette ». Elle connaît des services « où dix-huit personnes vont être licenciées, mais ceux qui y travaillent ne savent pas qui le sera. Comment voulez-vous continuer à travailler dans ces conditions ? » Peu encline à parler, « de peur des sanctions », une autre salariée confie : « Ce que j'espère, c'est que La Redoute ne laissera personne dans le ruisseau... »
