On les appelait « Madame La Redoute »
mercredi 22.10.2008, 04:57Elles savaient qu'elles ne finiraient pas leur carrière à La Redoute, mais quand même, elles espéraient. L'annonce d'hier matin n'a pas été un choc, elles s'y étaient préparées, mais quand même, leur magasin va fermer. Elles ne savent pas encore quand, tout dépend de l'expiration du bail de leur boutique, mais au plus tard d'ici quatre ans. Elles ne savent pas non plus ce qu'elles vont devenir.
Claudine à Lens ou Angélique et Claudie à Arras étaient les « Madame La Redoute ». C'est ainsi qu'on les appelait dans la rue, confie Claudine.
Trente-quatre ans de Redoute, de la nostalgie plein le catalogue. « On était bien. » (...) « Mais depuis que c'est les actionnaires, depuis qu'on a perdu notre vrai patron, ça a changé. Lui, il était proche des ouvriers. »
« Et leur sourire ? »
Hier, la direction a annoncé son projet de fermer ses 81 points de contact, soit 430 emplois. Ces boutiques s'appelaient Rendez-vous catalogue, comme à Arras, Lens, Valenciennes ou Dunkerque ou, pour les plus récentes, Rendez-vous shopping, comme dans la galerie marchande de Noyelles-Godault.
« On prend les commandes, on distribue les colis et on traite les retours en cas de problèmes », explique Angélique. Et même si l'enseigne avait essayé depuis quelques années d'aménager des espaces vente dans ces boutiques, Claudie remarque que « pour les clients, La Redoute, c'était de la vente par correspondance. Beaucoup de gens ne savaient pas qu'on vendait aussi sur place ».
Les vendeuses admettent qu'il y a moins de monde qu'avant. De plus en plus de gens passent commande sur l'Internet. « Et ils retirent leurs colis dans des points relais, qui sont en fait d'autres commerces. À terme, c'est eux qui vont nous remplacer. » « Déjà, moi je n'ai pas l'Internet, et puis j'aimais le sourire de ces dames », tempête Michel, client arrageois. Parmi les fidèles et pas que des personnes âgées. Jean-François passe quasiment tous les jours dans la boutique lensoise, située en plein centre-ville. « J'ai une fille, une femme qui travaille à Paris et une belle-mère qui, toutes, commandent à La Redoute. Ici, ces dames connaissent leur métier. Dans les points relais, quand on aura des soucis, ils renverront au siège et c'est tout, suppose ce client. Alors qu'ici, tout était traité en direct. » (...) « Et puis, je sais pas, tout ça, c'était un peu leur différence, leur image de marque. Tant pis, on ira sur l'Internet, mais chez les concurrents. »
