3 Suisses : des craintes pour l'avenir
jeudi 30.10.2008, 05:02Les salariés des 3 Suisses sont encore sous le choc de l'annonce du départ de leur patron. Ce changement ne leur dit rien qui vaille.
Comme nous vous l'annoncions dans notre édition d'hier, Jean-Marie Bouckaert, directeur de 3 Suisses France depuis 2006, a été remplacé par Pascal Gires.
Éric Platiau, le responsable du pôle « femme famille maison » qui a annoncé la nouvelle aux représentants du personnel, leur aurait parlé de la crise. « Il nous a dit que c'était la même chose que celle de 1929 et, pour nous, cela évoque le chômage », raconte Fatiah Bouzaoui, déléguée CGT.
L'entreprise serait-elle, aussi, empêtrée dans la crise profonde que subit la vente à distance ? C'est peut-être plus compliqué que cela.
La situation est très particulière. S'il ne s'agissait de regarder que l'activité de 3 Suisses, l'enseigne ne se porterait pas si mal. Le chiffre d'affaires a continué à progresser et l'Internet, très longtemps à la traîne voire délaissé, se développe. 3suisses.fr était le huitième site marchand en France en début d'année et aurait ces derniers mois gagné le « top 5 ».
Alors, où est le problème ? « L'entreprise a fait de gros investissements, justement sur le Web et pour la logistique, ce qui joue sur les résultats », observe un syndicaliste. Depuis une dizaine d'années, 3 Suisses France perd de l'argent. Le bilan s'est redressé, grâce également aux efforts consentis par les salariés depuis trois ans, mais sans doute pas encore suffisamment. Car si l'entreprise a connu une mutation, poussée par des clients aux habitudes nouvelles, ses structures, elles, n'ont pas fini de changer, comme à La Redoute. « On craint qu'ils profitent de la crise pour dégraisser. » Ces inquiétudes sont étayées par l'accord de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, en discussion depuis des mois. Les salariés aimeraient qu'il comprenne la formation du personnel « afin de l'adapter aux métiers qui changent et que les personnes non qualifiées puissent rebondir, dans l'entreprise ou pas. Il faudrait que le personnel vieillissant soit conservé, en tant que tuteur. » La direction tiendrait à l'article 5 du document, évoquant les licenciements économiques. « Elle dit qu'elle ne peut pas s'engager sur le maintien de l'emploi », note la syndicaliste. Ce qui peut laisser craindre le pire.


