CONSOMMATION
« En quarante ans, le modèle du centre commercial à la française est devenu dominant »
mercredi 11.11.2009, 05:02Les centres commerciaux ont quarante ans. Depuis qu'en 1969 un certain Gérard Mulliez a ouvert à Englos un hypermarché entouré de dizaines de magasins (lire ci-dessous) et a révolutionné la société de consommation. Comment le modèle a-t-il évolué ? Comment a-t-il résisté à la crise ? Analyse de Jean-Michel Silberstein, délégué général du Conseil national des centres commerciaux.
L'hypermarché fait-il sa crise de la quarantaine ? Jusqu'en 1968, les centres commerciaux restaient des centres de proximité immédiate et de taille modeste. En 1969 s'ou- vrent simultanément les trois premiers véritables centres commerciaux régionaux (regroupant hypermarché, grands magasins spécialisés, des centaines de boutiques) : Parly 2 près de Versailles, Cap 3000 près de Nice, et Englos près de Lille. La société de consommation est née, avec l'avènement de la voiture individuelle et le travail des femmes, qui bouleverse la manière de faire ses courses (désormais on remplit son coffre pour la semaine).
Quarante ans après, près de sept cents centres commerciaux ont fleuri en France. Mais la crise a écorné le modèle. Pour la première fois, Casino et Carrefour ont annoncé des chutes de ventes et repensent leur modèle. Pendant ce temps, Auchan défend le modèle du « tout sous le même toit », et vient d'agrandir à 19 700 m² son plus gros magasin, à Velizy (Hauts-de-Seine), tout en se préparant à poser la première pierre, demain, d'un nouvel hyper à Arras.
« Il faut nuancer la situation, estime Jean-Michel Silberstein, délégué général du CNCC, qui fédère les sept cents centres commerciaux français. On est sur de l'attractivité commerciale pure. Là où il y a le potentiel, les hypermarchés continuent de se développer.
Simplement, on observe un phénomène de réappropriation de l'univers commercial de proximité. Il y a des choses qu'on n'achète plus en hypermarché parce que ça nécessite de prendre son véhicule et de passer beaucoup de temps. Il existe désormais une offre commerciale de proximité (supermarché de ville, hard discounter, développement du "drive") qui n'existait pas il y a encore dix ans. Il y a donc des ajustements de surface qui peuvent s'opérer, là où il y en a besoin. »
Des visionnaires
En quarante ans, le modèle du centre commercial a évolué. Il a surtout trouvé ses marques, spécifiquement françaises.
« Les grands visionnaires, les Gérard Mulliez (Auchan) ou Jean-Louis Solal (Parly 2) se sont d'abord inspirés de ce qu'ils ont vu aux États-Unis dans les années soixante. Mais dans le Nord, avec Mulliez, il y avait d'abord la notion de grande surface alimentaire à laquelle se sont agrégés des magasins spécialisés. On a ainsi vu émerger un modèle de centre commercial à la française, qui est celui de l'hypermarché avec sa galerie commerciale, devenu dominant sur le marché étranger. » Un modèle qui n'a pas fini son évolution. « Elle peut se résumer par une formule : donnez-moi de bonnes raisons d'y aller. Il faut que la proposition soit vraiment attractive, agréable, pratique. La visite d'un centre commercial doit être une expérience agréable, pas une contrainte. »

