ENSEIGNES COMMERCIALES
Lille : les commerçants ne veulent pas se voir bernés et leurs enseignes mises en berne
jeudi 26.01.2012, 05:21
Deux boutiques de la rue de Béthune, le marchand de gaufres Lacquemant et le chapelier Benjamin, sont les victimes les plus emblématiques des nouvelles règles.Après la très difficile et tortueuse négociation autour de la charte des terrasses, le ton pourrait de nouveau monter entre la ville et un certain nombre de commerces au sujet des enseignes. En cause, la mise en place des mesures liées au Grenelle de l'Environnement. Sous le beffroi, on temporise en insistant sur le fait que la ville ne fait qu'appliquer des décisions nationales. Les commerçants concernés, eux, ne l'entendent pas de cette oreille.
Il s'agit de l'un des points de repère les plus visibles et certainement les plus emblématiques de la rue de Béthune. Vissée au-dessus du chapelier-gantier Benjamin, la flèche de six mètres sur un est en sursis. « J'ai 38 ans et j'ai toujours connu cette enseigne, soupire Benjamin Cense, le propriétaire des lieux. Elle a été installée par mon grand-père. D'après mes recherches, cette enseigne a été posée en 1946. » La boutique, elle, date de 1926 et a été fondée par le précédent Benjamin, l'arrière-grand-père. Benjamin Cense vient de recevoir un courrier de la ville. « J'ai deux mois pour retirer ma flèche, grimace le chapelier.
Sinon, c'est 7 500 E d'amende et peut-être même un passage au tribunal. » Le courrier de la ville précise cependant qu'une demande d'autorisation doit être déposée, mais Cense ne se berce guère d'illusions.
À l'hôtel de ville, on est un peu gêné aux entournures. Adjoint au maire chargé du commerce, Jacques Mutez sait qu'aborder la question avec les commerçants revient à disputer un marathon sur une barquette d'oeufs. « Je fais face à la question depuis trois ans, rappelle l'élu. Face au tollé reçu à l'époque, nous avons cherché à travailler progressivement avec les différents acteurs. »
Président de la Fédération du commerce de Lille, Claude Sohet ne dit pas autre chose : « Nous avons longtemps discuté avec la ville, rappelle ce responsable. Nous sommes tombés d'accord sur plusieurs points. Les nouvelles enseignes devaient respecter des points précis. Comme ne pas boucher les fenêtres des étages ou masquer la beauté architecturale d'un immeuble. » Les points d'achoppement ne concerneraient donc pas que la taille.
Un autre point d'accord à l'époque : laisser le temps aux enseignes « historiques », montées avant cette charte des enseignes signée en septembre 2010, de s'adapter. « Un tel équipement coûte de l'argent, s'agace Claude Sohet. Il ne faut pas exiger d'un commerçant de s'en débarrasser du jour au lendemain. Il a besoin de temps pour s'adapter. » Un exemple ? Le gaufrier Lacquemant, toujours rue de Béthune. « Aussi visible que celle de Benjamin, la mienne est là depuis vingt-trois ans, précise le patron de cette autre adresse réputée. À l'époque, aucune autorisation n'était nécessaire pour poser une enseigne. Et l'an dernier, j'ai investi 10 000 E pour la restaurer. » Comme Benjamin Cense, Lacquemant ne se berce pas d'illusions.
Le restaurateur est également très en colère. « Du jour au lendemain, on nous dit "On roule à gauche !", fulmine Patrick Lacquemant. Il n'est déjà pas facile de tenir avec l'importance des loyers. Si le but est de casser les boutiques indépendantes, il faut continuer. Là, on en prend encore une louche. » Patrick Lacquemant rencontrera les services municipaux à la mi-février. « Après, on verra », conclut le marchand de croustillons, évasif.
Municipalité et Fédération du commerce semblent en tout cas converger sur au moins un point. L'évolution récente de la réglementation n'a pas simplement pris tout le monde de court. Elle a également mis en branle un rythme mettant en danger une possible période de concertation.
« Notre sentiment est que des discussions étaient en cours depuis longtemps, reprend Claude Sohet. Que la situation pouvait évoluer sans secousse. Et ces nouvelles règles ont finalement passé le pouvoir à une sorte de système bureaucratique. Des agents passent dans les rues et réclament des mises aux normes. Non, il faut un temps de concertation. » Sous le beffroi, paradoxalement, le discours est très ressemblant.

