LE VISAGE DU DIMANCHE
La saga O'Gout Raya, une « success story » à la carvinoise
dimanche 19.02.2012, 05:18
Aïssa Ould-Bouamama, à l'intérieur de son nouveau magasin. Derrière lui, un employé prépare un de ces fameux colis de viande.Depuis janvier, la célèbre boucherie hallal de Saint-Jean O'Gout Raya est devenue un supermarché. Une nouvelle étape dans le parcours étonnant d'Aïssa Ould-Bouamama, « self made man » carvinois.
Quand on rentre dans le supermarché, impossible de distinguer le patron de ses employés. « Il est là », indique l'un d'eux. En jeans et blouson rouge, Aïssa Ould-Bouamama, 39 ans, pose un carton et invite à suivre dans son bureau. De directeur ? « Je ne dis pas directeur, je me mets à l'identique du personnel, je suis incapable de me mettre en costume. Ce matin, j'ai ramassé les papiers par terre, je vide les poubelles... » Aïssa Ould-Bouamam joue tous les rôles, hormis celui de comptable exercé par sa secrétaire. Mais attention, sous des dehors modestes, il ne fait pas mystère d'autres traits de caractère : « ambitieux et fonceur. » Son parcours en atteste. A 22 ans, il reprend la COOP de Saint-Jean, installée sur la route de Courrières, pour en faire une supérette qu'il diversifie à partir de 1999, avec un rayon boucherie halal : « Je connaissais un peu, je me suis dit on va essayer. » Essai transformé, le magasin va connaître un incroyable succès (qui n'a jamais remarqué cette foule massée devant l'entrée avant l'ouverture ?). C'est même devenue « la plus grande boucherie hallal de France ».
Colis de viande
La spécialité d'O'Gout Raya, ce sont les colis de viandes à prix bas. « Mon point fort, c'est la viande en gros. Je ne "marge" pas beaucoup, je travaille sur le volume. Ça fait même jaser de temps en temps, certains concurrents ne comprennent pas que je vende mois cher que le prix auquel ils achètent la viande. Je commande 20 palettes par mois, entre 10 et 20 tonnes de viande sont vendues chaque semaine. » L'approvisionnement régional est privilégié. La marque O'Gout Raya, c'est aussi ces dépliants publicitaires, publiés cinq fois l'an, où les réductions apparaissent en grand. Un autre « point fort ».
Les clients viennent de toute la région, et pas uniquement des musulmans. « On est plutôt à 70 % de non-musulmans ». Autre précision du patron, destinée à mettre un terme à d'inutiles polémiques : le personnel est composé autant de maghrébins que de non-maghrébins. « Mon premier boucher s'appelle Daniel, un pur Français, il fait partie des meubles », rigole Aïssa Ould-Bouamama. 13 salariés en 2005, 26 aujourd'hui, « On a l'intention d'en embaucher 5 pour l'ouverture du supermarché. » En effet, depuis mi-janvier, la boucherie a intégré un supermarché de 1 300 m², construit en retrait de l'ancien magasin. Avec, en plus, des espaces traiteur, des rayons boulangerie, épicerie et surgelés. « Aujourd'hui, le client vient pour tout. » L'exigence hallal demeure : « pas de produits contenant du porc, pas d'alcool. » Aïssa Ould-Bouamama a investi 1,5 M E dans cette extension, en empruntant comme au premier jour : « J'ai toujours eu des banquiers compréhensifs. »
Bientôt un restaurant
Et ce n'est pas tout : un parking de 83 places a été aménagé devant le supermarché. A proximité, il a démarré la construction de huit logements.
Un chantier à l'arrêt depuis la cessation d'activité de la société de BTP chargée de la construire. Il prévoit également de transformer les 240 m² de l'ancienne boucherie en restaurant et en cuisine pour une activité traiteur. Et de redonner vie au café Saint-Jean qu'il a racheté. Pas question de griller les étapes : grandir est parfois douloureux et l'ouverture du supermarché s'est accompagné de galères administratives qu'il n'est pas fâché d'avoir dépassé.
Et ensuite ? « Quand j'ai fait le magasin (la boucherie), j'ai dit j'arrête. Et j'ai continué. Je me lève le matin, des idées me viennent. Rien n'est acquis, je ne considère pas que j'ai réussi. »

