CHARTE DES TERRASSES
Charte des terrasses à Lille : reçue à la négociation, coincera-t-elle à l'application ?
mardi 21.02.2012, 05:22
Rue Rihour, les géomètres sont à pied doeuvre pour délimiter les emplacements des parasols. PHOTO E. BRIDE.La signature de la charte des terrasses à Lille, fin novembre, semblait avoir mis fin au feuilleton. Mairie et professionnels avaient trouvé un compromis sur une harmonisation et une mise aux normes. Mais alors que les travaux ont débuté, le doute s'insinue chez les restaurateurs, inquiets de la stricte application du compromis.
Des géomètres qui calculent les emprises exactes des tables et des chaises. Des marteaux-piqueurs qui creusent le sol de la rue Rihour et de la place du Théâtre. Des ouvriers qui installent les plots dédiés à l'alimentation électrique des futurs parasols chauffants. Dans le centre-ville de Lille, tout se passe comme si le dossier des terrasses suivait désormais un cours paisible, loin des deux longues années de tractations nécessaires à l'élaboration de la charte. Un calme de surface.
Il y a bien sûr les sceptiques, comme Michel Dervaux (propriétaire du Bistrot de Pierrot), pour qui « la mairie est partie sur un cadre rigide au lieu de faire du cas par cas », ou Jérémy Casteleyn (serveur au café Ugo), qui estime que « les associations de commerçants ne servent à rien car la mairie fait ce qu'elle veut ». Il y a aussi les mutiques, qui se refusent à tout commentaire, comme le Broc', le Paon d'or ou le Beffroi. Et puis il y a cette nouvelle catégorie : les déçus de la dernière heure. « On joue le jeu, mais on est pénalisés par nos collègues qui ne sont pas d'accord et n'ont pas démonté leur terrasse, déplore Laurent Bostyn, le directeur du Leffe. Pourquoi revenir sur une charte qui a été signée ? »
Où le trouble s'immisce chez les propres partisans de la charte des terrasses. « Il y a une inquiétude », reconnaît Dany Deleval, présidente de l'UMIH Lille Métropole, signataire. Le malaise de cette figure syndicale trouve une origine précise : « Le problème des pare-vents. »
Un détail ? Plutôt un casus belli. Les terrasses fermées proscrites, seuls ces pare-vents protégeront les clients de la brise nordiste. La charte et le règlement d'occupation commerciale du domaine public leur fixent une hauteur maximale de 2,10 m (pour les modèles télescopiques). « C'est écrit, insiste Dany Deleval. Mais l'architecte des Bâtiments de France parle maintenant de 1,50 m. Et là, la terrasse n'est pas exploitable. On se sent un peu floués. » La syndicaliste, confiante dans le « soutien » de la mairie, appelle à une clarification rapide : « C'est maintenant que les commerçants passent commande du nouveau mobilier. »
Un cafetier de la rue Rihour met les points sur les « i » : « Si ça reste à 1,50 m, ça va mettre le feu. » L'accord âprement négocié peut-il partir en quenouille au stade de la mise en oeuvre ? Jacques Mutez, l'adjoint au commerce, jure que non : « La charte est un contrat. Pour moi, elle s'impose. » Selon lui, « les craintes sur les pare-vents ne sont pas fondées », et relèvent de « la rumeur » : « Je n'ai signé aucun refus de terrasse. »
Les professionnels s'en remettent désormais aux élus pour faire strictement respecter le texte paraphé en novembre. « On a confiance dans nos accords avec la mairie, assure Didier Cnossen, gérant du café de Foy. On espère que toutes les forces seront mises en action pour nous permettre d'exploiter correctement nos affaires. » Longtemps redoutée, la charte sera-t-elle, demain, regrettée ?

