MARCHÉ DE L'ÉNERGIE (2/2)
Électricité et gaz : l'ouverture à la concurrence vaut-elle le « coût » ?
samedi 16.06.2007, 05:57L'ouverture du marché de l'énergie à la concurrence ne suscite pas l'adhésion de beaucoup de Français. Par peur de l'inconnu et de l'envol des prix, ils restent méfiants. Panorama des grands changements à partir du mois de juillet.
Dans moins de quinze jours, les particuliers pourront choisir : soit de conserver les tarifs réglementés d'EDF et de GDF, soit d'y renoncer et de choisir au prix du marché parmi un panel de fournisseurs de gaz et d'électricité (Suez, Endesa, Poweo, Direct Énergie, Endercoop...) Pourtant, très peu sont ceux qui ont décidé de commencer une nouvelle idylle avec la concurrence (on évoque le chiffre de 365 clients en France qui ont choisi un nouvel opérateur pour le 1er juillet). Si les particuliers n'adhèrent pas, c'est qu'ils se demandent ce qui va changer dans les foyers et sur leur facture. Techniquement, les opérations d'installation, de raccordement, de dépannage, ou de relevés des compteurs restent assurées par EDF-Gaz de France Distribution. Seule la commercialisation de l'énergie (gaz comme électricité) est ouverte à la concurrence.
Combien ça coûte ?
L'ouverture du marché permettra-t-elle une énergie moins chère, comme cela avait été le cas dans le domaine des télécoms ? Ce qui est sûr, c'est que depuis quelques semaines, les nouveaux opérateurs proposent des offres alléchantes. Mais, on évalue encore mal les risques des prix de marché, même si, a priori, les nouveaux fournisseurs ont promis de s'aligner sur le tarif réglementé.
Contrairement aux low cost, chez les fournisseurs « écolos », la facture sera nettement plus salée. Les énergies renouvelables ne sont pas très bon marché face à l'électricité nucléaire, la plus consommée en France. Dans tous les cas, la libéralisation du marché ouvre le débat sur la nécessité de faire des économies d'énergie. Tous les fournisseurs l'ont bien compris et participent à cette prise de conscience, grâce à tout un tas de nouveaux services de maîtrise de la consommation, sous forme de bilans personnalisés ou, plus modernes, de boîtiers de suivi de la consommation, heure par heure ! « Les consommateurs ne font pas encore le lien entre le message écologique général et ce qu'ils pourraient faire individuellement dans leur foyer. Payer moins cher ses factures d'énergie, cela veut dire aussi consommer moins », constate Alain Laruelle, directeur commercial EDF de la région.
Pas de retour en arrière
Malgré l'approche éthique de l'ouverture du marché, les associations de consommateurs et les confédérations syndicales sonnent l'alarme, à quelques jours du grand changement. Que Choisir fut le premier à dénoncer une ouverture « à hauts risques ». L'association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV) appelle, elle aussi, les particuliers à rester aux tarifs réglementés pour l'instant. « Nous ne sommes pas là pour dire que la concurrence, c'est mal, mais pour prévenir les consommateurs de ne pas se précipiter », prévient Émilie Repusseau au service départemental consommation de la CLCV.
En effet, le tarif réglementé d'EDF et GDF existe jusqu'en 2010 (à moins que la Commission européenne n'en décide autrement).
Le choix d'abandonner pour son logement ce tarif réglementé à partir du 1er juillet, est par contre définitif. Tout nouveau locataire ou propriétaire de ce logement sera obligé de rester au prix du marché.
De toute façon, une chose est sûre : bientôt, il n'y aura plus de tarifs réglementés du tout. Reste à savoir quels tarifs seront les plus avantageux...
« Je suis pour la libéralisation »
Basil Soulebot, d'origine parisienne, est une des perles rares de la concurrence. Il fait partie des quelques clients qui ont choisi de quitter EDF et GDF dès le 1er juillet.
Pour lui, c'est Poweo. « C'est la nouveauté qui m'a attiré. Le fait que leurs formules soient sous forme de forfaits, réglables par Internet, je trouve ça beaucoup plus simple. » Adieu les files d'attente pour un conseil dans une boutique ou les factures papiers. Mais c'est surtout l'annonce des factures moins chères qui est séduisante. Basil a connu Poweo grâce à son entreprise qui avait souscrit chez ce nouveau fournisseur, à l'époque de l'ouverture du marché pour les entreprises. Même s'il fait partie des quelques consommateurs aventuriers, il n'a pas l'impression de prendre un gros risque en faisant confiance à la concurrence. « Je suis pour la libéralisation des services. Quand on voit les prix tellement compétitifs qu'on nous propose dans le monde des télécoms, cela vaut le "coût" ». Pour deux euros de plus par mois et à la demande de sa femme, Basil a souscrit pour le contrat « vert » qui fournit une part d'énergies renouvelables, afin d'être tendance jusqu'au bout.
C. M.

