POLÉMIQUE
Les biocarburants accusés d'aggraver la crise alimentaire
dimanche 20.04.2008, 09:54Les biocarburants, encore tout récemment considérés comme la panacée face aux conséquences des transports sur la pollution, sont aujourd'hui soupçonnés d'aggraver la crise alimentaire à l'origine de troubles violents dans une douzaine de pays.
En début de semaine, Jean Ziegler, le rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation, qualifiait la production massive de biocarburants de « crime contre l'humanité ». Des milliards de dollars et d'euros ont été consacrés au développement de l'éthanol ou des biodiesels. Ces biocarburants fabriqués à partir de la canne à sucre ou des céréales sont censés réduire la dépendance de carburants fossiles, gros émetteurs de CO2 et principale cause du réchauffement de la planète.
États-Unis, Europe, Brésil ou Canada déversent du maïs, du blé, du soja et de la canne dans leurs réservoirs : bien qu'encore à ses débuts, la progression des biocarburants est fulgurante. Elle devrait atteindre 20 milliards de litres au Brésil en 2008.
Une politique aujourd'hui perçue comme une grave erreur de calcul qui aboutirait à affamer les plus démunis en faisant grimper les prix des céréales.
« Un vrai problème moral », a estimé, le patron du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, qui a souhaité « mettre en balance le problème de la planète, très important (...) avec le fait que les gens vont mourir de faim ».
Feuilles et troncs
Le commissaire européen à l'Environnement Stavros Dimas reconnaît lui aussi qu'il y a de nombreuses interrogations sur le « coût social » des agrocarburants, alors que l'UE s'est fixée comme objectif de porter leur part à 10 % en 2020.
Face à la polémique qui enfle, les pays producteurs se justifient en misant sur le biocarburant de « seconde génération », issu de plantes non alimentaires ou de résidus (feuilles, tiges ou troncs).
Seulement, les procédés de fabrication pour les carburants de seconde génération ne sont « pas complètement au point », rappelait récemment la secrétaire d'État à l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet.
Reste que les problèmes liés à la faim proviennent surtout des changements climatiques. Les experts prévoient jusqu'à 3,2 milliards d'humains exposés à des pénuries d'eau sévère et 600 millions à la faim, en raison des sécheresses, inondations, dégradation et salinisation des sols dans les prochaines décennies.
