ENVIRONNEMENT
Opération séduction pour draguer les sédiments
jeudi 11.06.2009, 04:49Pas sexy, les sédiments ? Les enjeux qu'ils décrivent sont tels que la région vient de se positionner en experte de leur gestion au plan national.
L'épine est un pieu dans le pied meurtri des gestionnaires des ports et des voies navigables en France. Plus de 50 millions de m³ de sédiments doivent être dragués dans les ports, quasiment tous pollués, à extraire des mers pour les traiter à terre. Dans le fluvial, c'est 6 millions de m³ retirés chaque année, alors qu'il faudrait placer la barre à au moins 9 millions.
Hier, l'État, la Région, le CD2E (Création et développement des éco-entreprises) et l'École des Mines de Douai ont signé à Lille l'acte de naissance de la toute première plateforme nationale de traitement des sédiments. Cette charte Sédimatériaux doit permettre de rassembler les initiatives isolées de gestionnaires maîtres d'ouvrage aujourd'hui démunis pour ces matières dont on ne sait pas toujours si elles sont dangereuses ou non. À Dunkerque, dont le port tient un premier rôle dans l'opération Sédimatériaux, c'est 3 millions de m³ de sédiments à extraire pour le seul terminal méthanier.
Les pollutions sont analysées partout en France, de la rade de Toulon au bassin d'Arcachon, notées en métaux lourds, résidus de peintures, hydrocarbures, PCB etc. Une foule d'acteurs s'occupent de gérer le littoral en France, mais aucune des strates du millefeuille n'a autorité pour gérer ce sédiment qualifié de déchet par la loi en 2002. Sable, eau, graviers, déchets de toutes sortes, jusqu'aux obus de l'arsenal de Toulon... Dans le Nord - Pas-de-Calais, certains canaux dont on n'ose pas curer le fond par peur des retombées eco-toxiques sur la santé et l'environnement. Partout, le problème des sédiments bloque le développement des ports. Les frégates ne peuvent plus entrer à Toulon, faute de tirant d'eau.
Envisan, PME lilloise, a reçu hier un prix Environord sur l'éco-innovation pour son travail de dragage des sédiments pollués à Dunkerque, 50 000 m³ tirés de la mer, traités en bassin à terre avant la filière de traitement ou le lagunage grandeur nature. Il y a encore du travail, le contrat d'Envisan porte sur un million de m³. « Dans les autres ports, on cache souvent le problème », estime Daphné Glaser à Envisan. Le projet dunkerquois devrait susciter les initiatives.

