La Voix de Didier Dupuis : «L'art d'improviser»
mardi 09.03.2010, 05:07Des semaines de lutte, des raffineries bloquées, un ministre de l'Économie pris en défaut sur ses dossiers, de la récupération électorale bien calculée, rien n'y a fait. Total ne raffinera plus le brut à Dunkerque, comme nous le laissions entendre dans ces colonnes dès le 8 décembre 2009.
Depuis, il a été tentant et démagogique de mettre sans cesse en parallèle une fermeture soudaine et les bénéfices colossaux du groupe pétrolier. Mais la réalité économique peut-elle s'accommoder de ce que la morale réprouve ? Dunkerque fait les frais d'une restructuration qui n'en est qu'à ses prémices.
D'autres suivront puisque le raffinage de brut est en surcapacité, sans aucune perspective de revirement. Et c'est parce que chacun l'a ignoré et que Total ne l'a pas anticipé que le chaos touche aujourd'hui le Dunkerquois, territoire sous perfusion de son industrie lourde.
L'annonce de la participation de Total à la construction d'un terminal méthanier n'est ni une compensation ni une consolation. C'est juste une tromperie.
Dans quelques jours, le préfet donnera le feu vert à EDF, porteur d'un projet vieux de quatre ans. Une mutation profonde du site de la Raffinerie des Flandres ne pouvait se décider en quelques semaines. Celle communiquée par la direction de Total (création de centres de formation et de maintenance) est loin du projet structurant espéré. Comme présumé, la sous-traitance peut trembler...
Total avait prévu de fermer Mardyck, reclasser ses jeunes employés et envoyer à la retraite anticipée les serviteurs de la première heure. Il avait sous-estimé la capacité de réaction des salariés et d'indignation de l'opinion publique. Surtout, il apporte la preuve qu'on n'improvise pas un projet industriel sous la pression et dans l'urgence. Au mieux, on essaie de calmer le jeu...


